kranzler


Les siècles passeront, nous le savons, sans rien pouvoir atténuer de leurs terrifiants pouvoirs. Offrant à nos yeux ébahis la menace de leurs savants rictus, nous écœurant du spectacle de leurs visions horrifiées, les gargouilles n’ont pas fini de nous étonner. Nous disparaitrons, certes. Mais elles, imperturbables, continueront d’interroger ceux qui nous suivent sur l’abomination de la consternation.






Si le garçon arrive, tu n’auras qu’à lui dire une bouteille de Jack Daniels sur mon compte. Une seule, comme ça on ne finira peut-être pas déchirés comme hier soir.
Et si je peux me permettre, avant d’aller remonter ma bretelle de soutien-gorge qui vrille grave, je te redis que là tu me sembles encore parti pour déchirer du drap. Viser pleine boule, ça ne
paie pas forcément. Moi, ce que je vois, c’est que tu vas frapper sous la ligne, ce qui va te donner trop de rétro. Et puis pour la quantité de bande, je doute également très fort. Tu verras, ça
va te pourrir ta trajectoire parce que ton angle d’incidence n’est pas assez élevé. Plusieurs bandes successives, c’est comme ça que ça marche. Crois-en une experte comme moi. Le coup de
queue est primordial : trop sec, ça va saccager ton rendement entre effet imprimé et vitesse. Un coup pénétrant, il n’y a que ça pour donner un bon éclatement. Mais je me doute que tu le sais déjà, mon Ange.
Ceci est pour Lancelot,
Berlin, le 1er février 2010
Cher Lancelot,
Ainsi que tu me l'as suggéré, je prends subitement conscience que lorsque je prétends que « pour Barbra Streisand c’est irrattrapable depuis toujours », il serait plus adroit de me part de fournir des éléments à charge susceptibles d’étayer ma prise de position. Je t’invite donc à constater par toi-mệme sur cette pièce à conviction, en me dispensant de tout commentaire désobligeant – ou superflu, puisque c'est bien à une pure évidence que nous sommes confrontés ici.
Le plus amusant, sur ce cliché pris lors d’une présentation de haute couture, est
l’expression de mansuétude et d’ironie contenue qui se lit aisément sur le visage de Marlène Dietrich : ai-je jamais vu quelque chose de plus navrant, semble-t-elle penser en se retenant de sourire trop ouvertement.
Reconnais-le toi-mệme, je te prie : notre woman in love est ici
limite Médrano, et tout le monde ne peut pas porter la panthère comme Ertha Kitt. Cela se saurait.
Te renouvelant encore une fois ici toute mon affection, j'espère que ces quelques éclaircissements, qui me semblaient nécessaires, ne sauront me valoir de ta part une rancune qui
serait imméritée. K.

Non, justement. L’erreur que tout le monde fait, c’est de penser que le maquillage sert à rendre les actrices plus belles. C’est bien davantage une question technique : un visage non maquillé, ça ne prend pas assez là lumière pour ệtre convenablement vu, tu me suis ? La beauté vient en second lieu, et alors là, ça dépend de chacune. Streisand, par exemple, c’est irrattrapable et ça l’a d’ailleurs toujours été. Pour d’autres, il y des crèmes qui arrangent bien des choses. Attention, hein : je ne parle pas de miracles. La transformation n’est jamais totale. Les cosmétiques gomment tout sauf la vulgarité et la bệtise. C’est pour ça que Joan Collins aura toujours l’air d’une chaudasse. Ensuite, c’est une question de choix, de marques et de positionnement. Pour les actrices cheap, L’Oréal est bien suffisant. Estée Lauder, c’est un peu mieux que cheap : très bien par exemple pour des filles un peu fades dans le genre Gwyneth Paltrow – et de toute façon, sur elle, on ne regarde que les godasses. Un peu mieux que mieux que cheap , mais à peine, il y a Lancôme , encore que, sérieusement, qui voudrait ressembler à Binoche et pourquoi ? Dior, évidemment réservé aux salopes de la grande école et là, à part Uma Thurman je ne donne pas de nom. Et puis, il y a les actrices françaises qui ont débuté leur carrière dans les années 80-90, et elles, je veux bien leur refiler tous mes échantillons.

- Déjà, j’aurais dû m’écouter. En principe, j’évite toujours les lieux touristiques.
- Il faut dire qu’on n’y mange pas toujours très bien. Et en pleine saison, c’est souvent hors de prix.
- Vous avez raison. Sans compter qu’il faut s’armer de patience pour ệtre servi, par du personnel d’ailleurs pas forcément aimable, qui plus est.
- L’hygiène aussi laisse parfois à désirer. Vous savez que ce n’est pas si rare que ça, des toilettes douteuses dans un grand restaurant ?
- Je sais bien. Et pour nous, les femmes, c’est encore plus ennuyeux.
- Ca peut l’ệtre aussi pour nous. Tenez, moi, je ne digère pas le chou et la ratatouille me donne la diarrhée.
- Ha bon ? Ca ne se mange pourtant pas à la mệme saison. Le chou est plutôt un légume d’hiver, enfin je crois.
- Je disais ça comme je dirais autre chose, pour meubler.
- Moi aussi je meuble. J’essaie d’oublier que les Lucky Strike sont dans le fond du sac à main et que mes nerfs supporteraient largement un verre, mệme un verre de n'importe quoi. Et que j’ai fait tomber la deuxième godasse il y une seconde. Ce qui ne m'avantage pas car pieds nus, voyez-vous, je fais un peu tassée. Ca me désole, en temps ordinaire. Mais là je m’en fous un peu parce qu’en me rétamant en bas je vais faire encore faire un peu plus tassée. Les talons, ça compte beaucoup dans une silhouette. Il faut savoir se regarder pour savoir tricher là où il faut tricher. Et il faut savoir aussi ne pas se plaindre pour un oui ou pour un non, parce que – mais ne le répétez pas, hein – la vraie malchance, ce serait de ressembler à un camion, ou pire d’ệtre foutue comme Doris Day. Il y quand mệme des limites, non ?
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