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Montgomery Clift 1 

kranzler

Samedi 15 août 2009 6 15 /08 /2009 01:08



Un beau mariage? Comme si c’était important, ma chère. Evidemment, vous sortez d’un couvent où on vous a bourré le mou. Toute fraîche que vous êtes, vous vous accrochez encore à ces pitreries qu’on vous a inculquées. Un mari, vous n’ignorez pas qu’on vous en a déjà trouvé un. Mais, tel que je connais ce vieux flétri, il ne faudra pas trop compter sur lui pour vous faire grimper aux rideaux. Non, pour les rideaux il faudra choisir plus vigoureux et savoir vous comporter comme la pire des chaudasses, tout en prenant bien soin, en public, de ne pas vous départir de cet air un peu nouille qui vous rendra longtemps insoupçonnable. Alors, puisque votre thé est bu, je vais à présent nous préparer deux bons petits joints, histoire de nous déchirer un peu, après quoi je me propose de vous expliquer cette affaire de rideaux…

Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Mercredi 12 août 2009 3 12 /08 /2009 17:16


- On peut dire que tu en tenais une belle hier soir.

 

- Oui, on peut. J’ai des côtés mi-ange, mi-démon, et je viens de foutre l’ange dans le placard.

 

- Ce n’est pas moi qui te blâmerai. Les anges ne servent strictement à rien.

 

- Oui, mais le matin ils ont rarement la gueule de bois. C’est quand même un aspect positif, vois-tu.

Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Lundi 10 août 2009 1 10 /08 /2009 04:23


C’était un bâtiment immense, une longue nef de béton et de verre  sur huit étages de haut. Pas loin d’Alexanderplatz. Juste après la réunification des deux Allemagne.

 

C’était à l’Est, et c’était l’ancien siège du Ministère de l’Electronique : Mais, bien sŮr, il n’y avait plus de ministère de l’Electronique, puisqu’il n’y avait plus dAllemagne de l’Est.

 

Sur huit étages, désormais, on ne planifiait plus la fabrication des ordinateurs Robotron. On privatisait À tour de bras. Des usines. Des immeubles. C’étaient des juristes qui faisaient le boulot. Lorsqu’ils avaient faim, ou lorsque s’annonçait une réunion avec des investisseurs étrangers, ils téléphonaient pour commander entre 1 et 300 sandwiches : Dans l’ancienne cuisine protocolaire, c’était moi qui prenait les commandes et qui allait les livrer.

 

Le bureau 7104, j’étais le seul à y aller. Ce n’était pas une règle. J’y allais par principe, avant tous les autres. J’avais 25 ans, le même âge à peu près que celui qui y travaillait et qui était beau comme un Dieu. Toujours la même chose : Deux petits pains au cumin, avec du fromage mais sans salade : Café ou Coca, selon le moment de la journée. Je n’arrêtais pas de le regarder, et réciproquement.

 

Personne, je dis bien personne n’avait le droit d’aller en 7104 à ma place. Le bureau 7104 était mon espace réservé. Un jour, j’ai croisé dans un couloir une collègue nouvelle et un peu gauche qui portait sur son plateau deux petits pains au cumin, sans salade et avec fromage. Elle ne connaissait pas l’interdiction, je le sais, et cela aurait normalement suffi à l’excuser . Je ne lui ai rien dit, tout en pensant au fond de moi mais comment ose-t-elle, cette sombre garce. Intérieurement, je bouillais. Je ne sais plus si j’ai eu le réflexe élémentaire de lui jeter un sort ou de proférer à son encontre une quelconque malédiction. Je n’ai rien fait, je crois. Rien dit, rien intenté, seulement pensé. De retour dans la cuisine, je me suis assis. J’ai bu un café pour tasser ma colère  Quelques instants ont passé.  Longs et pesants. Puis la porte s’est ouverte brusquement. Ma rivale venait d’apprendre ce qu’il en coute de me froisser. Elle pleurait et son joli chemisier blanc était tout taché. En arrivant devant l’homme du bureau 7104, elle avait été prise de tremblements. Le plateau s’était stupidement renversé sur le bureau : Café, limonade, tout cela chaviré dans le plus abominable des désordres . J’ai pensé ce jour-là, en la voyant dégoulinante et toute décoiffée,  que j’avais peut-être de bonnes bases pour la sorcellerie. Curieusement, je n’ai jamais réessayé depuis.

Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /2009 03:08


Demain je trouverai probablement quelque chose d‘intéressant à écrire. Peut-être.

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Demain je trouverai probablement quelque chose d‘intéressant à écrire. Peut-être.

 

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Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Samedi 11 juillet 2009 6 11 /07 /2009 01:14




Parfois, mon occupation préférée, c'est me taire. Chiche.
Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /2009 10:00




-     C’est vraiment toujours, toujours la même chose.

-     Quoi donc, mon grand ? Tu veux dire que tu reçois tout le temps des e-mails pourris ?

-     Pourris, oui, mais tout le monde reçoit des e-mails pourris. A dire vrai, c’est autre chose qui me tracasse. Tiens, regarde.

-     Je ne vois rien de particulier. Juste de la publicité et des femelles.

-     C’est justement ça qui m’ennuie. Je ne demande rien, moi. Je suis seulement un type qui veut regarder ses messages, et la page d’accueil de ma messagerie est pleine de photos de salopes. Des filles qui veulent faire des rencontres et être baisées.

-     Tu réagirais autrement si c’étaient des mecs…

-     Je sais où les trouver, les mecs. Là, c’est tout cet étalage non sollicité qui est grave écoeurant. Ces airs qu’elles se donnent. Des sourires comme si elles avaient 42 dents et des soutiens-gorges qui éclatent. Et toutes, absolument toutes des têtes de suceuses.  Franchement, un rouge à lèvres comme celui-là, tu te verrais avec ?

-     Non. Sauf si je m’appelais Loana.

-     C’est bien ce que je disais. Des têtes de suceuses. Elles me font penser á des pizzas toutes collantes. Et encore, surgelées. Cinq minutes au micro-ondes..

-     Ce qu’il y a de plus collant, je te jure, c’est la raie. La raie gluante du vendredi. Un souvenir du pensionnat.

-     C’est pourtant bon, le poisson. Et la raie est délicieuse, je trouve.

-     Arrêtes, tu me ferais vomir. Tu sais que je fais des cauchemars avec des raies ? Des raies et des méduses ?

-     Que veux-tu, chacun ces petites phobies……… Mais je maintiens, la raie, c’est délicieux.

 

Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /2009 19:44


Un des derniers jours où j’habitais en France, j’ai été à deux doigts de m’énerver dans un magasin de produits naturels où j’étais entré pour acheter trois bricoles.

C’est comme ça, il y a des jours où il est préférable de ne pas trop me chercher, surtout si j’ai un coup de pompe. Ce qui était le cas, car je venais de nettoyer la maison de fond en comble en prévision de mon départ pour Tanger. Je peux vous dire que c’était du grand et beau ménage. Monsieur Propre puissance 4. Le bordel dans ma tête, je veux bien. La poussière et les taches de gras, je ne tolère pas.

Donc j’étais un poil K.O. Et un peu triste aussi. Je venais d’apprendre la disparition du perroquet du Gabon de mes voisins - une nouvelle pas très surprenante, quand j’y repense, puisque je n’entendais plus ce brave animal depuis déjà de longues semaines. Lui et moi on ne connaissait pas intimement mais j’aimais bien ses petits yeux très ronds, couleur gris perle, et je vous jure que ça me faisait quelque chose quand il me mordillait l’oreille gauche.

Et donc j’entre dans ce magasins de produits naturels pour acheter du savon, un produit de rasage, un déo. Et, tant que j’y suis, vous avez sans doute du papier d’Arménie ?

Je n’aurais pas dû poser cette question. La dame me foudroie du regard comme si je lui avais demandé le plein de gasoil.

- Non, pas de papier d’Arménie. C’est… (elle hésite), enfin ce n’est pas écologique.
- Ca a quelque chose de nocif ?
- Je ne peux pas vous dire quoi, mais oui. J’ai lu quelque part que ce n’est pas bon alors je ne vends pas … parce que ce n’est pas bon. (Je pense en moi-même : merci du renseignement.)

Etc… Etc.. Elle me dit ça fait tant et je ressors sans savoir en quoi il est mauvais d’utiliser ce joli petit carnet qui sent bien bon. C’est pour ça que je suis légèrement sur les nerfs, j’aime bien qu’on me donne les raisons, les grandes explications qui rendent les mystères moins épais.

Que choisir, qui est une sorte de Télérama pour aspirateurs, m’apprend plus tard que le papier d’Arménie dégage en se consumant de nombreuses saloperies dangereuses pour la planète, à commencer par les formaldéhydes. Donc, en soi, j’avais déjà tout faux d’écouter les chansons d’Isabelle Mayereau. Ce n’était pas convenable. Je sens comme une Déconfiture. Le papier d’Arménie, c’est quasi Tchernobyl.

Alors, je résume. Pas trop de caféine, et le beurre c’est mauvais pour le cholestérol. Pas trop de CO2. Pas de tabac en général et dans les lieux publics en particulier. L’alcool, c’est mauvais. Mettre sa ceinture de sécurité, son petit capuchon en latex. Pas de semences transgéniques, ne pas dire du mal des gens, être gentil avec tout le monde. Lire tous les com’ sur PCC – c’est nouveau, ça vient de sortir. Et donc plus de papier d’Arménie non plus.

Heureusement qu'il me reste encore ma liberté de péter.
Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /2009 01:28

Vers treize heures, alors qu’il venait de terminer le rangement des livres et que le ciel s’était sensiblement dégagé, il sentit monter en lui le besoin familier d’aller voir la côte. La côte, l’estuaire : il employait souvent ces mots vagues pour désigner le village de bord de mer où il avait grandi, comme s’il se trouvait dans l’impossibilité de continuer à l’appeler par son nom depuis que la maison de ses parents avait été vendue. Dans une année normale, il s’y rendait trois fois en moyenne : une au tout début de l’été avant l’arrivée des vacanciers, une dans la première semaine de l’automne et une enfin en plein milieu de l’hiver, de préférence un jour de tempête. Ces visites étaient en général non préméditées, décidées au dernier moment et à chaque fois elles répondaient à une impulsion donnée. Il pouvait par exemple éprouver le besoin précis et soudain de revoir son ancienne école, ou encore celui de marcher sur sa plage – sa plage, car depuis son plus jeune âge il avait toujours considéré qu’il en avait une : une plage qui n’appartenait qu’à lui et que tout évidemment distinguait des autres plages.



Invariablement, lorsqu’il revenait au village, il se nourrissait d’observations qui reflétaient les traces physiques du passage du temps. A une certaine époque, il se trouvait encore quelques commerçants dont le visage lui disait vaguement quelque chose, mais aujourd’hui, lorsqu’il entrait dans tel restaurant, au bureau de tabac ou même à la poste, c’était toujours par de purs inconnus qu’il était accueilli. La pharmacie avait déménagé deux maisons plus loin : elle occupait désormais l’emplacement de celle des deux boulangeries qui avait fermé et dans les murs qu’elle occupait à l’origine s’était installée une agence bancaire. Un restaurant très à la mode avait ouvert directement sur la plage ; il était question du projet que la municipalité avait de raser les bâtiments de l’école publique. On disait qu’une résidence de très haut standing devait être érigée sur place et qu’un nouveau groupe scolaire ultramoderne serait construit un peu à l’écart du bourg.



A chacun de ses passages, désormais, il se faisait l’effet d’être un inconnu, certainement même un étranger pour les gens qui habitaient le village depuis une dizaine d’années seulement. A la porte des maisons ou des magasins, à la terrasse des cafés, plus personne pour le saluer ou lui adresser ne serait-ce qu’un simple signe de tête. L’épicerie où sa mère l’envoyait faire des courses le dimanche matin n’existait plus, et il en allait de même pour la boucherie, la droguerie.

Une seule fois, sur l’esplanade qui faisait face à la mer, il avait croisé une ancienne camarade de classe. Ils étaient tombés nez à nez, si bien qu’il n’avait pas pu l’éviter et avait dû l’écouter, car elle était très désireuse de bavarder. Elle se trouvait sur place pour quelques jours, principalement pour rendre visite à son frère qui habitait toujours dans le secteur, et lui avait appris qu’elle vivait désormais en Afrique. Dans quel pays, il n’avait pas jugé utile de retenir ce détail. Elle semblait heureuse de le revoir alors qu’à lui ces retrouvailles ne faisaient ni chaud ni froid. Il avait prononcé quelques mots pour ne pas paraître idiot, évoqué quelques souvenirs scolaires d’une grande banalité. Pour dire la vérité il ne s’était jamais senti de réelles affinités avec elle, le seul point qui les liait étant selon lui qu’ils figuraient l’un et l’autre sur une seule et même photo d’école.

Il avait le souvenir précis que dans son enfance ses parents étaient de très loin le ménage le plus jeune dans leur rue. Les voisins les plus proches et aussi la plupart des habitants du quartier étaient sans exceptions des veuves, des couples de vieux. Puis un jour la situation s’était inversée, ses parents étant devenus des vieux à leur tour, des vieux qui voyaient approcher l’extrémité de leur vie et avaient donc une certaine façon d’être attendris lorsqu’ils entendaient des enfants en bas âge jouer dans le voisinage. Un quart de siècle, finalement, c’était une balançoire qui disparaissait d’un jardin pour être remplacée par une autre dans celui d’à côté.



La maison, il arrivait selon les variations imprévisibles de son humeur qu’il éprouve le besoin de la revoir, par pure curiosité, ou bien au contraire qu’il fasse un détour pour l’éviter. Il ne savait jamais à l’avance. C’était un petit couple de fonctionnaires qui l’avait achetée, des gens propres et assez fades qui à peine installés l’avaient tellement transformée que Collier avait parfois du mal à la reconnaître. C’était là leur droit le plus strict, il le savait. Et sûrement aussi ces travaux avaient-ils une parfaite légitimité, car la maison, construite selon les standards désuets des années cinquante, offrait sans doute des volumes trop rudimentaires. Combien de fois avait-il entendu sa mère déplorer le manque de luminosité du salon, celui encore plus flagrant de la salle à manger ? Alors, oui, tout cela avait une raison d’être. Il comprenait que les nouveaux occupants aient fait percer des ouvertures supplémentaires même s’il était d’avis que la façade s’en trouvait défigurée. Un étrange visage à trois yeux. La fenêtre de la cuisine, considérablement élargie, n’était plus la même fenêtre éclairée derrière laquelle, les soirs d’automne, il apercevait la silhouette de sa mère lorsqu’il rentrait du lycée vers dix-huit heures, alors qu’il faisait déjà presque noir.




Il avait perdu tout droit de regard sur la maison, cela ne se discutait pas, mais sur le jardin, ou plutôt sur ce qu’il était advenu du jardin, il émettait plus que des réserves. Rosiers, lupins, pivoines, sans compter encore les douzaines d’autres espèces végétales qui faisaient l’admiration des passants : il avait constaté un été que tout cela avait disparu pour être remplacé par un gazon triste qui manquait d’eau et tirait sur le jaune – un jaune terne et pisseux. Mais, dans un sens, sans doute cela était-il préférable ainsi.



Parfois, dans ses pensées, il arrivait qu’il entende encore l’écho du téléphone et la voix de l’infirmière qui l’avait appelé en pleine nuit quelques minutes seulement après le décès de sa mère. Une voix amicale, douce et presque musicale, qui tempérait les effets dévastateurs de la gueule de bois qu’il traînait depuis la veille. Il avait bu sans discontinuer depuis le début de l’après-midi jusqu’au soir, la première gorgée ingurgitée dans le premier café venu alors qu’il sortait de l’hôpital. C’était le jeudi de la semaine de Pâques et le ciel était d’un bleu parfait. Quatre ans que sa mère se battait simultanément contre deux maladies, et ce jour-là, devant lui, sans avoir à prononcer un seul mot elle lui avait transmis le message qu’elle arrivait au terme de son chemin. Encore quelques heures, une rotation terrestre, les derniers mètres – et elle préférait les franchir sans accompagnement d’aune sorte. Sa voix, encore audible les jours précédents, n’était plus qu’un souffle absorbant ses dernières particules d’énergie. Aucune surprise pour lui donc lorsque l’infirmière avait téléphoné. Il avait su dès la première sonnerie, avant même de décrocher.



La tombe se trouvait presque à l’entrée du cimetière, une tombe sobre de granit gris, sans croix, et de son emplacement même en regardant vers le sud on apercevait une portion d’Atlantique d’un bleu scintillant ou d’un gris prononcé selon les jours – mais au moins c’était un cimetière d’où l’on voyait la mer et qui, de ce fait, n’avait rien de glacial. A chacune de ses visites Collier se sentait en paix, il trouvait même que l’endroit avait quelque chose d’agréable et qu’après tout il constituait un but de promenade comme un autre. Des générations étaient enfouies là qui l’avaient connu dès son plus jeune âge, et cela explique sans doute qu’à chacun de ses passages il avait la curieuse impression de se sentir le bienvenu, accueilli par des murmures bienveillants. Bien sûr, il ne pouvait pas feindre d’ignorer que la tombe avait un peu perdu de son intimité depuis que son père avait rejoint sa mère. Certains jours, il jugeait sa présence gênante, pour ne pas dire encombrante, comme si maintenant encore il continuait d’être ce qu’il avait toujours été : un homme qui savait tout et avait un avis sur tout. Parfois, pour faire abstraction de ce rajout, Collier disposait les potées de chrysanthèmes d’une certaine façon pour que le haut des touffes masque son nom gravé en lettres dorées. Il n’avait pas spécialement honte de cette petite mesquinerie. Pas plus qu’il ne se tenait rigueur d’interpréter comme un signe de justice posthume les circonstances si différentes dans lesquelles s’étaient déroulées les obsèques de ses parents : par un clair matin sec et ensoleillé pour sa mère, dans la boue et sous les trombes d’eau de novembre pour son père.

 

Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Dimanche 14 juin 2009 7 14 /06 /2009 19:12

-        Et tu ne penses pas revenir sur ta décision ?

 

-        Aucune chance. Et puis tu sais, ça fait déjà deux ans. Alors à ce stade-là, c’est un état de fait.

 

-        C’est raide, quand même.  Deux ans sans mettre les pieds une seule fois dans un bar gay. Petite baisse d’hormones ?

 

-        Même pas. J’en avais grave ma claque de tomber sur des taches ou des microcéphales. Parce que, pour dire les choses comme elles sont, soit un mec à un cul, soit il a un cerveau.

 

-        C’est pas un peu catégorique comme jugement ?

 

-        C’est juste mon expérience. Un cerveau et un cul en même temps, ça ne court pas les rues.

 

-        Tu sais quoi ? C’est glaçant, ta façon de voir les choses.

 

-        Mais non, mon grand. Je te jure qu’un bon gros balaise de ton genre de temps en temps, ça réchauffe. Comme secousse, ça me va parfaitement.

 

-        Et le mariage des homosexuels, tu en penses quoi ?

 

-        Rien. Si ça les amuse d’être aussi ringues que les hétéros de base, c’est leur droit le plus strict. Mais franchement, vouloir être reconnu et accepté, ce que je peux m’en balancer.

 

-        Mais alors, qu’est-ce que tu fais le soir si tu ne sors quasiment plus ? De la fonte et des abdos ?

 

-        Je prends la bagnole. Je fais cinquante bornes pour trouver un trou perdu et je regarde les étoiles avec mon télescope. En ville, il y a trop de lumière.

 

-        Les étoiles ?

 

-        Oui, ou bien les cratères sur la lune. Mon préféré, c’est le cratère Trisnecker. D’ailleurs, il faut que je te laisse. Il fait nuit, c’est bientôt l’heure.

 

-        Et si je t’accompagnais ? Je veux dire : si je t’accompagnais et si je jurais de ne rien dire de débile ?

 

-        On peut peut-être faire un petit  essai, si tu sais tenir ta langue….

 

Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Samedi 6 juin 2009 6 06 /06 /2009 03:32

Je ne connaissais pas du tout cette image. Quelques recherches portant sur la chronologie de la reconstruction et je devrais pouvoir la dater.

 

J’ai passé un long moment à regarder cette photo aujourd’hui. Sans doute parce que je suis né dans une ville bombardée. J’ai repensé à cette maison toute effondrée que j’ai vue un jour en autocar, avec ma mère, et à la réponse qu’elle m’a donnée lorsque justement je lui ai demandé pourquoi celle-ci était cassée. Je devais avoir trois ou quatre ans. C’était la première fois que j’entendais prononcer le mot guerre, et j’ai le souvenir précis de ne pas avoir tout compris tout en trouvant que cela devait être quelque chose de déplaisant.

Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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