kranzler
Je suis un cadavre ayant séjourné dans l’eau. Privé de mes pieds, de ma tête et de mes jambes, j’avoue ne pas être appétissant. Une sorte de pomme de terre à forme vaguement humaine. Notez bien que de mon vivant je n’étais pas une reine de beauté non plus. Mae West et moi, ça fait deux.
Voici ma petite histoire. On vient de me retrouver il y a une quinzaine de jours, enveloppé de cire, dans un tiroir merdique au fond d’un couloir souterrain du sinistre Hôpital de la Charité à Berlin. J’étais planqué là depuis des dizaines d’années, pas bien loin de la salle des monstres, celle où les fœtus à tête de cyclope marinent dans le formol ; je peux affirmer n’avoir jamais eu à me plaindre de leur voisinage.
On m’a daté, palpé, passé au tomographe, mesuré, exactement comme dans une série américaine. Ça chatouille ? Non, je n’ai rien senti. Et voilà le résultat. Ce n’est encore qu’une hypothèse, mais il paraît que je pourrais être un cadavre communiste. Celui de Rosa Luxembourg. Cette chère Rosa était ce qui se faisait de mieux dans le genre militante révolutionnaire. En plein désordre spartakiste, la brave femme a fini balancée dans la flotte, lestée aux membres et à la tête. C’était en janvier 1919. J’ai une jambe plus longue que l’autre, c’est pour ça qu’on pense que je pourrais être Rosa. Et puis ça fait dire des choses.
Et là, je ris intérieurement. Tous les 15 janviers, les chaussettes rouges viennent se recueillir sur ma tombe au cimetière de Friedrichsfelde. Une cérémonie on ne peut plus officielle et guindée. Une grande messe communiste. Dire que ma tombe, si ça se trouve, je n’y suis même pas. En fait, s’il s’avère que je suis bien moi, je voudrais juste formuler un vœu. Qu’on me mette dans la même boîte que le type de la photo, et dans le cas contraire, qu’on me laisse dormir. Je l’ai bien mérité, je trouve. Dans le fond, je ne suis qu’un fait divers morbide de la presse berlinoise. Un de plus.
J’ai toujours refusé de répondre à la question « quel livre emporteriez-vous sur une île déserte » car les probabilités que je fasse un tel voyage sont nulles. Qu’est-ce que j’irais bien foutre, précisément sur une foutue île déserte ? Cela dit, j’estime avoir lu au bas mot au moins quarante fois Breakfast at Tiffany´s.
J’ai d’abord découvert la traduction française de Germaine Beaumont, délicieuse, avec ses nuances prononcées de champagne - petits fours. En comparaison, le texte original me semble un peu plus rêche. Je le lis avec un peu moins de plaisir, mais ce serait sans doute l’inverse si c’était lui que j’avais découvert en premier. La mode qui consiste à tout retraduire depuis une vingtaine d’années ? J’espère qu’elle lui sera épargnée mais je ne suis que modérément optimiste. Je viens de trouver dans une librairie de Berlin une nouvelle traduction allemande : Deux paragraphes, pas un de plus : j’ai immédiatement reposé le livre sur les rayonnages, après quoi je suis sorti.
Je suis venu au livre par le film, l’après-midi du lundi de Pâques, en 1978. Précis comme souvenir. Je ne le reverrai sans doute pas pour cause de trahison flagrante, mais, tout de même, l’effet qu’il m’a fait cette toute première fois ne s’est pas effacé. George Peppard reste divinement beau : La musique de Mancini n’a pas vieilli. Je me rappelle l’avoir achetée ici même, un samedi de juillet durant l’année de mon service militaire, chez un disquaire qui n’existe plus et où je pouvais passer des heures. Quand à Audrey Hepburn, elle m’accompagne en discret filigrane á chaque fois que je relis le livre. Je serais incapable de dire pourquoi je pourrais regarder pendant des heures la photo ci-dessus. Aujourd’hui elle me calme car il tonne quotidiennement depuis déjà presque une semaine.
Petit Déjeuner chez Tiffany est probablement mon île déserte, dix centimètres sur vingt, 120 pages, et elle tient dans ma poche.
Au bowling, faire un strike c’est dégommer toutes les quilles du premier coup. Faire un split, c’est abattre toutes celles du milieu, le détail ennuyeux étant qu’il en reste une à gauche et une à droite avec un grand vide au milieu. Faire un spare, c’est dégommer au deuxième lancer celles qu’on avait loupées au premier. Faire un spare après un split, c’est très classe. Dans la position où vous me voyez sur l’image, je vais essayer une grande première très audacieuse.
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Q |
uinze janvier 2008
17 heures 30, quelque part à la campagne, en France. Les flancs d’une colline couverts d’un duvet de châtaigniers et de chênes pubescents. Tel une approximative cornemuse, au loin, le bruit d’une tronçonneuse ; quelqu’un que je ne connais pas est là qui prépare le bois pour la cheminée.
Deuxième Tiers de janvier. La vieille table sur la terrasse, le paquet de tabac à pipe. Les deux bougies, la fougère dans son pot. Une ancienne question de mécanique veut que rien ne soit
immobile et qu’à peine arrivé l’hiver avance déjà vers son terme. L’écharpe du soir se défait, la chouette hier a dit je serai en retard. Les crocus dans quatre semaines, le recommencement de
chaque chose précédé du nécessaire pourrissement des peaux mortes.
Ma chienne Fauvette devient fragile avec l’âge. D’une gastro par an nous venons de passer au double et approchons du triple, et ils ne sont pas rares les matins où j’ouvre les yeux oppressé à l’idée de trouver partout dans la maison de circulaires traînées de caca mou. Triste spectacle au réveil. En pareil cas, elle me regarde souvent du même air fatigué et honteux, l’air de s’excuser de s’être ainsi répandue, et je peine à trouver les mots susceptibles de lui faire comprendre qu’elle n’est pas responsable et qu’on s’en fout si ça pue, puisqu’il y a l’eau de Javel.
Je la console comme je peux. Une bonne douche. Un bon savonnage. Quelques propos réconfortants, au sujet de ses analyses qui sont bonnes. Socrate, mon jeune chat aux diaboliques yeux jaunes,
exécute une brève danse devant elle en signe d’amitié. Pluton, le deuxième chat, consent même à descendre de son nuage d’indifférence. Lui d’habitude si distant s’approche d’elle et, parce que
nous sommes une famille unie, lui murmure ma chère, tu verras que tu vas encore t’en sortir.
Pluton sait de quoi il parle. Une fois de plus, ce matin, Fauvette semble effectivement remise. Durant notre promenade, je remarque tout d’abord le battement de sa queue, vigoureux. Puis, comme
si elle tenait à m’offrir une démonstration tangible de sa guérison, la voici qui dépose devant moi, dans l’herbe fraîche, une merde d’une encourageante fermeté, à la consistance parfaite, bijou
de proportions qui au lieu de s’écrouler comme un banal étron demeure audacieusement dressé, tel un menhir. C’est bon, la verticalité.
A dire vrai, déjà hier soir l’état de Fauvette s’était visiblement amélioré. J’en ai profité pour sortir. Suis allé bouffer chez une amie de longue date qui habite dans le département voisin.
Dîner intéressant, puisque j’ai pu enrichir ma culture générale. J’ai appris que la Princesse Diana a été tuée par le Mossad – c'est-à-dire par les services secrets israéliens. Normal, elle
envisageait se reconvertir à l’islam. Le pire est que c’est une explication pas complètement stupide. On m’a également fait la révélation que les
Twin Towers ont été dynamités sur ordre de la CIA et que les américains ne sont jamais allé sur la lune. Et quand j’en ai eu marre, quand j’ai cessé de croire qu’il y avait une quelconque utilité
à m’empêcher de bâiller, je suis rentré en disant que j’avais un coup de pompe. Un demi mensonge seulement : si je me lève tôt le matin, c’est pour pouvoir m’endormir tôt le soir aussi. Ça
évite de m’éterniser dans les soirées où on refait le monde et dans celles où on se vautre dans les conspirations. Il devait être onze heures quand je suis arrivé à la maison. Il faisait nuit
noire. Le ciel était éclaboussé d’étoiles. Malgré le froid, je suis resté à les observer aussi longtemps que j’ai pu – et ça ma bien plu.
Je vais être clair, ma jolie. Histoire qu’entre nous les choses commencent sur de bonnes bases. Votre décolleté vous va à ravir mais, si vous voulez savoir, il me laisse parfaitement froid. Pareil pour votre bon dieu de robe et votre foutue mise en pli. J’espère que vous ne vous êtes pas trop mise en frais pour moi, parce que ça ne marchera pas. Les femmes qui aiment les bijoux me sortent par les yeux. J’ai horreur qu’on me tripote les doigts sans mon consentement, et la dernière fois qu’une fille a essayé de me mettre la main dessus, je vous jure que j’ai tout fait pour qu’elle ne recommence jamais. Par contre, le numéro de téléphone de votre garde du corps, ça je veux bien.
Kranzler, vous sentez-vous devenu adulte à l’approche de votre 47ème anniversaire ?
D’un strict point de vue mathématique, oui. Quarante-sept est supérieur à quatorze, je ne vous apprends rien. Mais je ne me sens pas adulte, je ne remplirais jamais les conditions et je ne compte pas faire le moindre effort.
Le temps qui passe vous ennuie ?
Non. Avec le recul il me fait penser à une grande vague. Une vague qui vous apporte parfois un beau coquillage et le reprend l’instant d’après parce que vous n’avez pas serré assez fort.
Tout est donc fugitif et complètement provisoire ?
Oui, c’est une grande vacherie parce que, des fois, on aimerait bien le garder, le coquillage. Il arrive qu’on le retrouve, quinze ans plus tard, par chance ou par entêtement, mais entre temps il est passé dans d’autres mains. C’est devenu le coquillage de quelqu’un d’autre.
Quarante-sept ans, Kranzler, est-ce l’heure d’un premier bilan, d’un état des Lieux ?
Je n’aime pas le mot bilan. Seuls les imbéciles font des bilans. Je préfère dire que c’est l’heure de faire le tri. De voir ce qui est récupérable. D’écarter ce qui mérite d’être jeté. De faire de vrais projets. Parce que, vous savez bien, les quarante six premières années de la vie ça ne compte pas vraiment. C’est juste un petit tour de chauffe, un brouillon pour se mettre en jambes.
Et il est comment, votre bilan ?
C’est le même bilan que tout le monde, avec des rubriques, des notes. Il y a quelques joies, des déceptions, des regrets. Des choses qu’on aurait voulu faire autrement. D’autres qu’on a eu le culot de faire.
A ce moment précis, dans quel état d’esprit vous sentez-vous ?
Je vais plus que bien. Je suis en train d’écouter NougaYork en boucle et ça me dope, comme toujours. Les travaux du jardin avancent. Et je repense à un poème de Boris Vian que je l’ai lu il y a longtemps. Le titre est : « Je veux bien qu’on me les coupe. » C’est un poème très chaste. Il m’est revenu en mémoire récemment, ce triste jour où j’ai compris que je mériterais bien qu’on me la coupe.
Quoi donc, Kranzler ? Là, je vous sens à deux doigts de déraper.
Rassurez-vous. Je veux seulement parler de ma main droite. Celle qui a glissé le bulletin de vote dans l’urne, aux dernières présidentielles. Quelle tragique erreur. C’est ma faute. Mon incommensurable honte. Je suis responsable. Maintenant, à cause de moi, l’avorton gigoteur est là. Et je crois pas qu’on serait mieux loti avec Sainte Bravitude. Ce serait une merde différente mais on serait quand même dedans. Parce que nos élus ne veulent pas spécialement notre bien et parce qu’ils sont, de toute façon et je l’affirme, impuissants.
Kranzler, on peut dire que vous nous avez mis dans de beaux draps.
J’ai peut-être une solution. Un tuyau. Mais je ne peux pas faire le boulot moi-même.
Racontez-nous. Si ça peut aider.
Et bien voilà. Un soir, dans les années trente, Marlène Dietrich et sa copine la comtesse di Frasso avaient tellement bu qu’elles ont imaginé un plan diabolique pour supprimer Mussolini.
Comment comptaient-elles faire ?
Une orgie. Beaucoup de vin. Beaucoup de sexe et beaucoup de nourriture grasse. Toutes choses auxquelles l’immonde n’aurait su résister.
Ça aurait suffi ?
Elles avaient prévu un ingrédient spécial dans le plat de résistance. De la moustache de tigre pilée. Rien de tel pour perforer la triperie. Comme disait Marlène : Ah ! Je veux voir ce gros porc jouir, s’empiffrer et se ch… dedans !
Et ce plan n’a pas donné les résultats attendus ?
Non. Les pauvres étaient ivres et sont restées coincées en escaladant les grilles du zoo. Leurs jupes étroites, sans doute. Les pompiers ont dû venir les décrocher avec une échelle, en pleine nuit.
Merci pour cette recette, Kranzler. Nous aurons compris que vous ne lancez ici auquel appel, du moins, directement.
Bien sûr. Ce n’est pas de l’incitation. C’est une simple anecdote, liée à un contexte historique bien précis. Toutefois, s’il y en a que ça tente, je recommande l’usage du pantalon. Surtout, soyez gentilles avec le tigre – il n’est pas nécessaire de lui prendre toute la moustache. Quelques centimètres suffisent.
Merci pour ces bons conseils, Kranzler. Vous revenez bientôt nous nous parler de vos joies, cette fois ?
Je le pense. Il faut que je développe cette histoire de coquillages.
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inalement, à part la surface des choses, qu’est-ce que je connais des choses ?
Pas grand-chose. Mais c’est pour ça qu’on me paye. Et puisqu’on me paye foutrement bien, je crois que je vais continuer longtemps comme ça.
Altitude vingt-quatre mille pieds. Détacher la ceinture. L’hôtesse de l’air qui vient me proposer du champagne. Comme si j’en avais besoin. Il faut que je me lève pour aller pisser les deux
Budweiser que j’ai bues avant le décollage.
C’est une drôle de foutue bizarre impression. Je suis comme ça depuis hier. Sur un nuage bien plus haut que cet avion, un très confortable nuage rose - et en même temps j’ai peur. Je flotte
depuis que le téléphone a sonné deux fois hier à mon bureau. Vogue a dit oui pour cette série de photos que j’ai proposée, et Elle aussi est d’accord. Tout semble bien se goupiller.
J’ai juste eu le temps de faire réserver une suite au Bel Air Hotel, pour deux jours, en disant qu’en cas de besoin on prolongerait. Elle n’est jamais ponctuelle, à ce qu’on dit. Alors prévoir de
la marge, du temps. On ne sait jamais ce qui peut arriver.
Sinatra, la Voix. Bacall, le Regard. Moi, juste un œil. Bert Stern, je m’appelle. La trentaine, mariée à une femme que j’aime, père de deux enfants que j’adore. Ça roule, pour moi. Je capture des
instants. Je les enferme dans une boîte. Je fais des portraits. Je photographie de la haute couture, du parfum. Des trucs de ce genre. Ma plus grande fierté à ce jour : un cliché d’une bouteille
de Vodka givrée au pied de la grande pyramide. Il paraît que ça a dopé les ventes. Je suis de plus en plus demandé. Je suis un révélateur de peau. Rien d’autre. J’ai une certaine cote qui me
permet de faire vivre ma famille dans des conditions plus que décentes. Jusqu’à hier, il me manquait quelque chose dont je puisse être fier. Des photos que j’aurais décidé de faire moi-même.
Maintenant qu’Elle a dit oui, je sais qu’elles sont à portée de main. Il faut que je sois bon, réellement très bon.
Pour moi, Elle fait partie du grand décor Américain. Peut-être même qu’elle le symbolise. A une échelle plus réduite, elle fait partie de mon décor intime à moi. Enfin, elle me fait quelque chose
de très spécial qui me rend très impatient. Les mots, c’est pas ma spécialité. Je ne sais pas ce qu’elle me fait. Je sais seulement que ce qu’elle me fait, elle est la seule à le faire. A ce jour
je n’ai jamais trompé ma femme. Même pas éprouvé de réelle tentation. Alors à l’Hôtel Bel Air, il faudra pas que je déraille. Un risque, je crois qu’il y en a un. Un iceberg de gros risque. C’est
pour ça que j’ai bu de la Budweiser.
Dans un coin de ma tête, je note qu’en arrivant à Rome il faudra que j’appelle au bureau. Faire livrer une caisse de Dom Pérignon au Bel Air. Des chiffons. Des foulards. Des trucs simples et
transparents avec lesquels elle puisse jouer. Encore plein d’autres détails à régler. Je sais comment je la veux. En peau. Rien qu’en peau. Sa peau et des draps, très peu de maquillage.
Rome, juste une obligation. Quinze heures de vol aller. Autant pour le retour. Par contrat, je suis tenu d’aller photographier Liz Taylor sur le tournage de Cléopâtre. Bourrée de talent, je sais
bien. Le film est en train d’exploser son budget. La Fox est sur les dents. Je n’ai absolument rien contre Taylor. Ça me fait juste bizarre d’aller vers la brune alors que je sais qu’hier la
blonde a dit oui. Pas vraiment l’impression de voler dans la bonne direction. Je voudrais avancer le temps. Que tout aille vite, le plus vite possible. Je voudrais être demain, déjà. Je voudrais
être dans quelques jours, dans cet hôtel où j’ai la prétention de révéler la peau de Marilyn. Mais je ne dois pas craquer. Sous aucun prétexte.
Vous qui m’aviez parlé du Gers en des termes si peu attirants. Un reposoir, m’avez-vous dit. Des hameaux où rien n’arrive et rien ne se produit. Des légions d’épouses soumises et effacées. Des maris simples d’esprit sentant l’écurie, quand ce n’est pas la porcherie. Jamais l’ombre d’un amusement et toujours la certitude de crever d'ennui, avez-vous ajouté comme par souci de me tenir à l'écart. Ce n’est pas tout à fait, figurez-vous, ce que moi j’ai découvert. Il se passe des choses, ici. Ainsi par exemple cette vertueuse dindonnière qui tient chronique de blogs, comme on dit. Et bien, l’autre nuit, après le souper et durant le sommeil de son époux que j’avais suffisamment gorgé de fort bon vin de Cahors, elle ne s’est pas montrée bien difficile à entreprendre. Quelques sursauts de principe pour faire honneur à sa réputation, mais sachez qu’ensuite je l’ai retournée sans peine aucune, à plusieurs reprises, et qu’elle n’a pas un seul instant objecté lorsque je me suis mis en demeure d’enduire les deux côtés de sa croupe de foie gras mi-cuit. Vous devriez essayer, c’est très divertissant. Elle me l’a d’ailleurs confirmé en me priant de recommencer plusieurs fois l'opération, jusqu'à épuisement des bocaux de sa cave.
La plupart du temps, une garce est une femme qui fait des choses qui ne se font pas. Fumer ou coucher avec son patron par exemple. Elle peut jouer les empoisonneuses. Une certaine forme de paresse la caractérise souvent : la garce, fatiguée de ses turpitudes, pense que la lessive peut se faire en laissant le linge tremper tout seul dans la baignoire (voir illustration).
Sharon Stone, en reprenant le rôle de Simone Signoret aux côtés de la pâle Isabelle Adjani, appartient quant à elle à la catégorie des garces à trajectoire courte. Sa célébrité sulfureuse, acquise d’un croisement de jambes sous la présidence débridée de Bill Clinton, ne survivra pas aux deux mandats de haute moralité du petit président Bush Junior. En période d’attentats, les femmes serrent les genoux. Comme quoi, à Hollywood, il y a des époques pour être salope et d’autres pas. Mais au moins, le temps d’un film, la Stone aura su faire honneur à la catégorie des garces. Notons bien au passage que les garces ne sont pas systématiquement dévêtues. Habillées avec un certain discernement, elles durent, et leur image résiste à l’épreuve du temps, obstacle souvent fatal aux amatrices. N’est pas vénéneuse qui veut

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