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Montgomery Clift 1 

foutoir

Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 13:31


De temps en temps, au début des choses sérieuses de l’hiver, quand tu sens la morve te couler subitement du nez et ton dos frissonner comme une  Chevrolet de seconde main, tu te dis qu’après tout ce serait idiot de ne pas laisser la fièvre faire son foutu travail. Ne rien lui interdire, ne pas la freiner, et puis, puisque tu es du genre à fermer ta gueule quand tu as un putain de bobo, tu la laisses faire, cette salope qui réclame de  se faire payer en billets d’apirine : 500 mg, 1000 mg. Tu t’en fous, après tout. Tu allonges. Tu raques. Tu banques. Rien qu’hier soir, 1500 laissés au casino de la crève. Sans sourciller. En allemand, la morve se dit Rotze. Tu en tiens une sacrée, de Rotze. Et c’est mot dont tu trouves la vulgarité plaisante, Rotze.  

C’est une sorte de basculement facétieux qui te verse des icebergs dans le dos et qui l’instant suivant te transporte dans une étuve, comme si tu étais une sorte de homard rouge et stupide ; entre le chaud et le froid, il n’y a presque pas de transition. A tout prendre, tu as une vague petite préférence pour le chaud, parce que ça fait légèrement bouillonner ta cervelle, alors que le froid aurait plutôt tendance à l’engourdir. Alors voilà, on est au moment précis où tu as bien chaud : ton cerveau tricote à fond, autant que si tu venais de braquer la boutique Phildar du coin de la rue en laissant la bonne femme raide sur le carrelage.

Tu tricotes, donc. En premier lieu, tu te dis que si tu avais un dixième du bon sens qu’on t’accorde en général durant tes meilleurs jours tu aurais pu économiser les quinze euros que tu as dépensés mardi après-midi au  magasin Saturn de Kurt-Schumacher-Platz, juste en sortant du travail. Un regrettable achat d’impulsion, mais au moins maintenant tu es fixé : tu sais qu’Harold et Maud est un film aussi chiant aujourd’hui que tu en avais eu l’intuition en 1983 en le voyant pour la première fois. Mais curieusement, à l’époque, tu n’avais pas eu le courage de penser réellement que c’était un brave navet car tous les gens de goût que tu connaissais alors t’assuraient dans un grand jeté d’écharpe mauve qu’il s’agissait d’un pur chef d’oeuvre - le mot incontournable, tellement chiant et tellement puant de vanité n’existait pas encore mais sans aucun doute possible il y avait néanmoins bien là un dogme, un théorème que rien ne pouvait remettre en question : si tu n’aimais pas Harold et Maud tu étais bon à ranger dans la catégorie des tubes digestifs primaires, et pareil pour Cat Stevens qui chante d’un bout à l’autre du film: seuls les amibes n’aimaient pas - alors forcément tu devais être une sorte d’amibe pourrie et insensible car tu lui trouvais une voix de chèvre monotone aux limites du décemment supportable, et mon dieu ce que ça te gonflait déjà ces resucées de  Peace and Love - en quelque sorte, tu n’étais donc déjà pas à la mode, et dans le plus grand des secrets  tu gardais pour toi la pire de toutes tes tares : que Dylan et Pink Floyd te faisaient le même effet qu’un concentré de verveine-tilleul-menthe-camomille. Et dire qu’en 1983, en sortant de la projection, tu avais eu l’impression que si le film t’avait paru plat et gratuit c’était peut-être parce que tu étais dans un mauvais jour. Tu te serais même presque excusé de ne pas avoir aimé.

Mais non, Harold et Maud il n’y a pas de quoi en chier une pendule. Alors toujours un peu enfiévré tu continues à marcher dans la rue, étonné de ce tutoiement familier que tu as dans la tête. La gorge sèche tu penses que ton état mérite au moins une bonne bière, voire deux, et la question qui s’impose à toi est quelle bière et où cela. Parce que tu ne bois pas ta bière dans n’importe quelle Kneipe - c’est comme ca qu’on appelle un bistro ici. Très regardant sur le choix des ambiances et des atmosphères, tu ne daignes aller que dans les Kneipen de base : celles où tu n’as pas la moindre chance de croiser ou intellectuels ou artistes. Tu aimes bien les endroits un peu rugueux où ca rote fort, même si  au fond de toi tu sais que tu es toujours un peu trop habillé pour leur genre de simplicité un peu louche - aujourd’hui d’ailleurs tu viens d’acheter une chemise et une cravate pour un prix totalement déraisonnable. Une bière donc. Mais pas au Dublin-Müller Ecke, car il est probable vu l’heure que tu tomberas sur Alexa qui voudrais bien t’avoir dans son lit après son service alors que toi, justement, tu n’es pas très chaud - mais cela ne l’empêche pas d’être très sympathique. Pas non plus en face chez la grande Lili, parce que la musique gueule, et puis au moment de l’happy hour il faudrait sérieusement jouer des coudes. Au bout de Friedrichstrasse, juste en face du cimetière ? Non, là tu n’y vas qu’aux beaux jours, en terrasse - une jolie terrasse bien planquée où tu entends presque Bertold Brecht ronfler sous son carré de lierre, à coté de sa grande  Helen. Alors finalement, tu vas sans doute finir chez la Croate, à deux pas de chez toi, la dame roule les R et en fin d’après-midi il est probable que tu échapperas à une de ces retransmissions de football qui font que jamais tu n’y vas le soir. Oui, c’est probablement là que tu vas aller, boire une Warsteiner, suivie d’une deuxième : rien de tel pour faire passer le goût de l’aspirine.

Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 15:41



C'est précisément là que je voudrais être en ce moment. Altitude 900 mètres, rien que le bruit des vaches et le vent. L'air vif et pas le moindre cacatoès humain à moins de deux kilomètres.
Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /2009 06:17

Je ne vous apprends rien en disant que je serais mal placé pour donner des leçons de morale à qui que ce soit, moi qui ai baisé jusqu’à une chaise en chêne massif et qui n’hésiterais pas, si l’envie m’en prenait, à culbuter sauvagement le cocher de la malle-poste, qui est gaillard fort bien bâti. Mais la chair tendre, ainsi le veut le bon sens, est et doit demeurer un met interdit. Encore plus lorsqu’elle s’offre sans réel consentement, dans le seul but de manger, et en ce sens il ne fait donc aucun doute que notre ami le marquis poudré est une immonde pourriture. Et que je te joue sur les mots, garçon, jeune garçon – ce qui n’est pas la même chose que petit garçon. Entendons-nous bien : nous ne demandons pas à être gouvernés par des saints. Mais au moins que les vieux dégueulasses surpris le nez entre deux couilles se reconnaissent en tant que tels, que leurs amis ne nous ennuient pas en nous reprochant de nous adonner à de mauvaises querelles. Qu'on ne nous accuse pas d'acharnement, car si les mouches à merde vont sur la merde, c'est justement parce que c'est de la merde. Et qu’on cesse de nous faire chier avec tous ces euphémismes qui font que certains jours ça pue dans nos contrées autant que si des dizaines de rats crevés jonchaient les champs de luzerne.

Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Jeudi 24 septembre 2009 4 24 /09 /2009 16:47


Après l’amour, ne plus rien dire l’espace de quelques secondes. Rester écroulé, étalé dans n’importe quel sens, laisser le silence dire, ne pas essuyer la peau qui colle un peu, ni la sienne, ni la mienne. Juste regarder le plafond très blanc, bien moins emmerdant que celui de la Sixtine – parce que quand c’est blanc, c’est toi qui choisis les couleurs et les motifs que tu veux bien voir. Sourire bêtement, comme un animal comblé. Ressentir subitement une faim de loup, passer à la cuisine, sortir les casseroles, la gamelle et le machin, allumer le four s’il faut, selon la recette, déboucher une bouteille, enfin juste préparer un petit-cas, quelque chose qui tienne bien au corps et au ventre, déguster cul nul sur les petites chaises froides, ouvrir en grand la fenêtre qui donne sur le balcon, sortir regarder les étoiles et on s’en fout si ça caille un peu. Dire deux ou trois banalités sucrées ou salées, l’important étant qu’elles soient justement banales mais bien senties. Ecouter le vent dans les branches, puis reperdre tout contrôle, me laisser bouffer par tes yeux, tout prendre et tout donner, fondre sur toi et me laisser bouffer. Bref, recommencer, du sol au plafond et à faite tomber les putains de murs, et après, s’il fait encore nuit et si le ciel est clair, sortir regarder cette idiote de Grande Ourse.  

Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /2009 18:31



M

arlène et moi, je ne sais plus exactement comment ça a commencé. A l’adolescence, je la connaissais déjà mais je ne me sentais pas assez mûr pour ce genre de femme. Je l’avais rangée dans la rubrique « passions pour un autre jour », en me disant que j’attendrais d’avoir l’étoffe, les épaules assez larges. Les femmes qui ont usé des Jean Gabin, on les aborde quand on n’a plus d’acné. C’est pure folie d’y penser avant.


Et puis un jour j’ai eu trente ans, seize de moins qu’aujourd’hui. Entre temps, j’avais appris sa langue, j’habitais sa ville natale, et sur la plage de Wannsee mes amis me reprenaient à chaque fois que je parlais en dialecte berlinois, qui est une façon de s’exprimer ordinaire et grammaticalement incorrecte. La correction, franchement, ce que j’en pense…


Il aura fallu seulement deux torpilles et trois battements de paupières pour qu’elle m’entortille. Les filles, si voulez un très beau collier de perles pour pas un rond, regardez « Desire ». La voilette ne se porte plus beaucoup de nos jours, je le concède, mais le film reste une source d’inspiration pour toutes celles d’entre vous qui envisageraient d’entortiller en même temps un bijoutier et un neuropsychiatre. Deux pour le prix d’un. Ça, c’était la torpille N° 1.


Toute sa vie, elle n’aura jamais été aussi bonne qu’en jouant les putains, les manipulatrices – et moi ce qui me manque dans le cinéma d’aujourd’hui c’est justement le manque de crédibilité des garces. J’ai beau chercher, je ne vois que des pseudos mentes religieuses, des femmes moyennement perverses ; j’avais placé beaucoup d’espoir en Béatrice Dalle à une certaine époque car je croyais avoir trouvé en elle une vraie capacité de nuisance – mais que dalle. Béatrice, il faudrait vous remuer.


Dans Shanghai Express aussi Dietrich porte une voilette. Mais il y a voilette et voilette. Faudrait pas confondre. En compagnie du costumier Travis Banton, elle passe une nuit entière à chercher le bon tissu, le bon maillage – avant d’en retenir un qui sera très noir, et oblique. Une autre nuit aussi pour trouver les plumes qui vont sur le chapeau. Dans les réserves de la Paramount, il y a des caisses et des caisses de plumage protégé par des couches et des couches de papier de soie. C’est une époque cruelle, on trouve dans ces cartons les plumes les plus belles des espèces les plus paradisiaques qui soient, de Java à Bornéo. Une nuit entière pour trouver celles qui donneront l’effet recourbé indispensable – de la très banale plume de coq, finalement, qui sera teinte en noir profond. Et ça, c’est la deuxième torpille.


Ouverture de parenthèse. Pas la peine de me dire que c’est pas bien de faire du mal aux animaux. A l’époque, cette notion n’avait pas cours. Mais aujourd’hui, si on touche à un chien devant moi, je cogne sans sommation. Je pousse doucement les araignées quand je passe l’aspirateur et, par curiosité, en repensant à un texte écrit sur le net par quelqu’un qui se vantait d’avoir congelé puis bouilli deux tortues de Floride dont il ne savait plus quoi faire, je me demande quel goût justement ça aurait, de la soupe à l’assassin de Tortue. Je ne dis pas que j’en mangerais. Mais, la faire, je prendrais sans doute un certain plaisir et après je la balancerais aux toilettes – pour le fun. Peut-être même qu’ensuite, en le citant presque mot pour mot,  j’écrirais un article qui dirait « je crois pas qu’on n’a pas le droit de faire bouillir des déchets « . Et je dirais aussi « qu’est-ce qu’on fait des ordures qui nous encombrent. » . Fermeture de parenthèse.


Dietrich, je disais, était, est et restera la plus grande rouleuse de bourgeois dans la farine de l’histoire du Cinéma. Et donc, dans un pays aussi vertueux que le sien, elle avait peu d’amis. Sa tombe, très facile à trouver dans le petit cimetière de Stubbenrauchstrasse, est une simple élévation de terre couverte de lierre. Sur la plaque de marbre, le M du prénom est une très belle majuscule, un peu oblique. Marlene. Et, en dessous, on peut lire : C’est ici que je suis. Entre les marques de mes jours. 1901 – 1992. A chaque fois que je suis passé devant, j’ai eu l’impression de l’entendre dire de sa voix lasse et distante : C’est ici que je suis … et si vous saviez comme ça m’emm….

Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /2009 17:29

Sur le moment, je ne peux pas dire que j’ai trouvé ça spécialement fracassant. Question de peau, peut-être. Des fois les peaux ne se plaisent pas. Ou alors c’était le sable humide, et qui grattait un peu. Aujourd’hui, c'est-à-dire presque trente ans après, je m’en souviens surtout à cause de ce qui s’est passé le lendemain.

 

La photo n’est pas très bonne, j’avoue. Mais elle situe convenablement le lieu. La petite crique, si elle n’a pas disparu aujourd’hui, était une minuscule échancrure de falaise juste au pied du château qu’on aperçoit au bout de la falaise. On y accédait par un escalier en zigzag qui moi-même ne me rassurait pas tant que ça. Imaginez une centaine de marches fissurées à même la falaise pourrie. Du calcaire très friable. Ce que je savais, parce que cet endroit était celui où j’avais grandi, c’était que les éboulements avaient principalement lieu la nuit – pas forcément sur cette plage-là, mais sur toutes les autres, toutes celles qui longent l’estuaire.

 

Pour la petite histoire, c’était précisément le 31 août 1981, vers onze heures du soir. L’après-midi et le début de soirée, je les avais passés en ville. Une réunion d’après colonie de vacances. La directrice, les moniteurs : nous avions concrètement parlé de ce qui avait marché et de qui n’avait pas fonctionné histoire que le séjour suivant se passe encore mieux. Et puis bien sûr on avait bouffé aussi, et ensuite j’étais rentré chez mes parents. La maison, on ne la voit pas sur la photo mais avec un cadrage un poil différent elle y serait. On avait proposé de me raccompagner en voiture. J’avais décliné. Dix kilomètres en stop, ce n’était pas la mer à boire. C’était le dernier jour des vacances, et le surlendemain j’avais mes inscriptions en fac.

 

Je n’ai presque pas attendu. Des fois c’est comme ça, le pouce à peine levé et déjà une voiture qui s’arrête. Une 4L, si me rappelle bien. Lui ? Peut-être la trentaine, brun et sportif. Il allait dans ma direction et j’étais encore puceau. Juste alors que nous étions presque arrivés, et après une longue série de regards, il a palpé ma cuisse droite en feignant de vouloir ouvrir la boîte à gants. Je me rappelle qu’un réveil en est tombé, et que c’est moi qui lui dit que nous allions descendre sur la plage. Je savais qu’il n’y aurait personne. Il était sans doute un peu trop doux pour moi, mais pour une première fois ce n’est pas très dérangeant. J’ai regardé les étoiles pendant que nous roulions dans le sable, parce que comme je l’ai déjà dit je n’ai pas trouvé aussi fracassant que j’espérais. Nous étions vraiment juste au pied de la falaise. Quinze mètres de falaise au dessus de nous.

 

Le lendemain vers sept heures du matin j’y suis retourné car c’était mon lieu de promenade habituel en été. C’était marée basse. Je suis arrivé en longeant la mer et, parvenu à la petite crique, je n’ai même pas sursauté en constatant qu’il n’y avait plus rien. Plus rien, je veux dire par là que juste au dessus de l’endroit où nous avions roulé il n’y avait plus qu’un trou béant dans la falaise. On ne voyait plus une seule portion de sable. Tout avait disparu sous l’éboulement. Dix, ou peut-être vingt tonnes de roche malade. Quelques minutes de plus, quelques instants de plaisir supplémentaires, et peut-être que ni lui ni moi n’aurions survécu – ratatinés, rectifiés, aplatis comme des galettes. J’ai trouvé ça assez marrant. De toute la journée je suis resté calme et sans réaction, sans savoir si le plus important était d’avoir fait le grand saut ou d’avoir échappé de peu à une fin tragique. Je n’ai bien sûr rien raconté de cela à mes parents. Puis vers quinze heures, la fermière du village est venu sonner à la maison. C’était une femme qui parlait beaucoup et avalait la moitié de ses mots. Cette fois-là son débit de paroles était encore plus important et elle pleurait. J’ai fini par comprendre qu’elle venait me dire que ma grand-mère maternelle venait d’être foudroyée par une crise cardiaque, juste devant la ferme. Je suis monté dans sa voiture qui sentait le lait et la bouse. Lorsque nous sommes arrivés, les secours étaient en train de renoncer à relancer le cœur. Parfois, comme tout le monde, j’ai des journées bien chargées.

 

Une comédie sentimentale entre garçons, sans falaise qui tombe ? Ben c’est là 

Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /2009 11:08


Ce jour-là, je ne crois pas avoir calculé du tout les conséquences de ce qui serait mon choix. Un mensonge de six mois, ça ne me semblait pas insurmontable. Le grand habit du tricheur taillé sur mesure, je me sentais parfaitement prêt à l'endosser. Jamais peur, le grand imbécile. Avec deux sous de jugeote, j'aurais peut-être dû prévoir une petite armure à porter un jour sur deux, en alternance, histoire de ne pas cramer tous les fusibles en une fois.

Je ne sais même plus au juste quand c'était. Un jour de printemps, ça je peux l'affirmer, mais l'année, je ne suis pas du tout certain de pouvoir avancer que c'était en 20. Mais bon, admettons que c'était en 2000. Ça devait être ça, d'ailleurs. Enfin bref. Mon père venait de m'apprendre qu'il venait d'avoir une conversation avec le médecin de famille. Une conversation au sujet des métastases de ma mère. Il commençait à y en avoir un peu partout: Le foie notamment était joliment encombré, et la grande question, celle que le brave docteur lui avait posée, c'était dire ou ne pas dire. Mon père, alors âgé de quatre-vingts ans, était un homme qui aimait les décrets. Et ce qu'il avait décrété, c'était que je déciderais moi-même s'il fallait apprendre à ma mère qu'elle était foutue. Accessoirement, lui qui en avait en horreur la cacophonie des grands débats stériles, avait en outre prévu que mes frères aînés ne seraient pas consultés.

Forcément, ce jour-là j'étais un peu fébrile à l'idée de cette discussion que je devais avoir avec le médecin. Je me rappelle avoir marché deux heures le long de la côte, à marée haute, et avoir également bu deux bières belges en terrasse du bar de la plage qui venait juste d'ouvrir pour le début de la saison. La deuxième était carrément de trop, je le savais, mais s'il y avait un jour où je ressentais le besoin d'une petite secousse bien ferme, c'était bien celui-là. La bière avait un goût très fort. Le temps de foirer trois ricochets et de mouiller le bas de mon futal, j'avais déjà décidé de ce que je dirais.

Il était ému, le toubib, parce que mes parents avaient été ses tout premiers patients vingt ans plus tôt. Et pas n'importe quels patients. Des comme mon père, il n'y en avait pas des tonnes avec qui il pouvait commenter les articles du Canard Enchaîné. Et des comme ma mère, qui avait cicatrisé à vitesse grand V d'une opération à coeur ouvert subie à l'âge de 73 ans, ça ne courrait pas tellement les rues non plus. Et puis, pensez donc, toutes ces brassées de lavande dont il héritait quand il venait en visite à la maison les jours d'été. Alors franchement, malgré la distance qu'il se devait d'observer, tout ça l'emmerdait et lui pesait gros sur la patate.

Je me suis excusé de foutre du sable plein son cabinet et je lui ai dit comme ça qu'on pouvait entrer dans le vif du sujet. L'ennui, j'ai dit, c'était qu'il y avait ces deux pathologies en même temps qui limitaient le champ d'action. Le rétrécissement de l'aorte, qui avait été mal opéré et avait donné à ma mère à peine un an d'amélioration au lieu des dix escomptés. Et le cancer qu'on avait diagnostiqué six mois après et qui recommençait son travail de rongeur après un an de rémission. Que son coeur avait recommencé à déconner, elle le savait. Personne n'asphyxie en pleine nuit sans s'en apercevoir. Mais pour les métastases, elle ignorait encore tout. La chiotte, c'était qu'isolément chacun des deux problèmes aurait pu être traité. Mais, vu son age, aucun chirurgien n'aurait pris la responsabilité de réopérer une cancéreuse´à coeur ouvert: et de même, une chimio intense n'était guère envisageable sur une cardiaque. C'est ça, docteur ? J'ai bien résumé la situation.

Il m'a répondu oui, parfaitement, et du tac au tac je lui ai annoncé que pour le cancer on ne dirait rien. On va la laisser regarder ses roses, j'ai dit, ses pivoines et ses hortensias, parce que, voyez-vous, lui apprendre la vérité reviendrait pour moi à distribuer un carton rouge, à lui asséner bêtement tu crois que tu es seulement à moitie foutue alors qu'en fait tu l'es complètement, faut pas rêver, hein. Tout le monde va fermer sa gueule, j'ai ajouté, et le docteur, qui était quelqu'un à qui on pouvait parler avec les mots de la semaine et pas seulement avec ceux du dimanche, a semblé trouver que ce n'était pas forcément une mauvaise idée. Il n'avait jamais aimé la mode des années 80, qui consistait à dire la vérité à tout prix. Une mode qui arrangeait toujours l'entourage mais difficile à porter pour certains patients. Voilà, c'était dit. Je ne savais pas encore que les six mois qu'on lui donnait à vivre allaient se transformer en vingt-quatre. En sortant du cabinet je suis retourné marcher le long de la mer. J'ai ramassé une poignée de galets bien ronds, bien plats. Six d'affilée parfaitement bondissants, j'ai réussi tous mes ricochets.
Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /2009 11:55

Il y a, à environ quatre ou cinq cents mètres de chez moi, une petite place boisée où je ne vais pratiquement jamais – deux fois en six mois, on ne peut pas dire que ça compte.

Il s’agit pourtant d’une assez jolie place, banale et intéressante, sans autre intérêt que ses deux ou trois terrasses de cafés aux tables proprettes. Il y a même des nappes, des coussins confortables pour les mémères, et les arbres sont je crois des acacias, mais je dis bien je crois. L’endroit est très calme, presque paisible : une place qui n’a peut-être même pas de nom et sans autres magasins que des commerces de seconde nécessité, ceux où l’on ne va pas tous les jours – l’assureur, l’encadreur, l’agence de voyage. C’est sans doute pour cela que je l’ai découverte tardivement, parce que je n’ai jamais eu la moindre raison particulière de m’y rendre. En plus, lorsqu’on vient de ma rue, elle est presque invisible et rien ne la signale.

A moins de faire un long détour, je ne connais pas d’autre moyen pour y accéder que de traverser de part en part le couloir de la gare de Lichterfelde Ost, un long couloir tapissé de carreaux de faïence d’un vert très fade, et ce couloir-là, soit que j’aille travailler soit que je rentre du travail, je n’ai jamais l’envie de m’y attarder. Peut-être parce qu’en semaine on y trouve toujours, stationnés en méthodiques rangs d’oignons, une moyenne de trois cents bicyclettes. On pourrait penser a priori que les cyclistes en ville sont des gens sympathiques. Je l’ai en tout cas longtemps cru, avant de comprendre qu’à Berlin le cycliste lambda est bien plus méprisant envers les piétons que ne l’est l’automobiliste en général – et donc je me fritte parfois avec des énergumènes à deux roues qui, dans ce couloir parfaitement moche et mal éclairé, m’invitent d’une façon un peu trop stridente à me pousser pour qu’eux puissent passer, ce qui de ma part, peut donner lieu à des remarques ordurières telles que Höre auf mit deiner verdammten Hupe du Wichser von Hurensohn (ce par quoi je fais comprendre à mon interlocuteur qu’il serait bien avisé de ne pas m’importuner avec sa foutue sonnette, fils de femme de petite vertu et honteux adepte de l’onanisme qu’il est.) Les allemands sont comme ça : il importe, à la première familiarité, de ne pas perdre une seconde pour leur rentrer dans le lard. C’est à ma connaissance la seule façon de les attendrir et de gommer leurs rugosités. Il est rare qu’ils se formalisent.

La petite place, donc, je l’ai découverte par pur hasard un jour où je ne travaillais pas, au printemps. Nous avons eu, ici, juste après la neige, six improbables semaines de soleil ininterrompu de la mi-mars à la fin avril, et ce jour-là, en déambulant tranquillement avec quatorze paquets de graines de tournesols à la main, je me suis dit que c’était une jolie place, ensoleillée, et qu’elle méritait bien que je m’y attarde pour boire quelque chose. Je ne sais pas ce que j’aurais bu si j’étais allé jusqu’au bout de mon idée. Peut-être une Warsteiner bien fraîche, ce qui, vers les quinze heures, est du domaine de faisable. En tout cas, j’avais déjà repéré une terrasse engageante avec ses petites chaises en fer forgé. Mais, à peine assis, ce qui a attiré mon attention en devanture de l’établissement c’était le panneau indiquant que la maison servait un café issu de cultures biologiques, et cela, je ne pouvais pas. Comme beaucoup de personnes nées en pleine nature, je suis en quelque sorte allergique à l’étiquette bio qui, à mon humble avis, n’est faite que pour caresser dans le bon sens la conscience du bobo moyen des grandes villes, celui-la même qui n’a jamais vu la merde au cul d’une poule et ne connaît pas l’odeur réjouissante du fumier.

Et enfin, cette petite place, j’ai néanmoins fini par y retourner voilà quelques jours,  parce qu’il était écrit quelque part que je me devais d’y savourer au moins une fois une Warsteiner, en plein soleil, pour le prix modique de deux euros cinquante. Je crois me rappeler que c’était mardi dernier, et je peux affirmer qu’il faisait dans les trente deux degrés, A quelques mètres de moi, un groupe de jeunes gens parlait. Ils étaient tous assis à l’ombre, et je peux parfaitement le comprendre car la luminosité était presque gênante. Plus gênante qu’en plein mois de juillet  - à cause de la position plus basse du soleil dans le ciel, je suppose. Enfin, c’est l’explication que moi je trouve pour justifier mes yeux rouges chaque fin d’été en septembre. Très distinctement, j’ai entendu une des jeunes filles expliquer au reste de ses amis que cette journée était officiellement la dernière journée de chaleur de l’année. Le journal que je tenais devant moi était d’accord avec elle : oui, la dernière belle journée de l’été. Dès le lendemain, car tout bascule toujours si vite ici, les matins ont considérablement fraîchi. Mon collègue Enrico, avec qui je discutais avant-hier, a ajouté que nous aurons sans doute la première neige dans cinq semaines. Il prévoit un hiver rigoureux et j’aimerais assez qu’il ait raison car ces hivers-là, lorsqu’il gèle à pierre fendre, il ne m’arrive que des bonnes choses. Je ne retournerai sans doute maintenant qu’en décembre sur la petite place, pour voir les illuminations de Noël.

 



Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /2009 07:10


A l’aéroport, il y avait un chauffeur de taxi qui m’attendait, avec mon nom marqué sur une pancarte. Alors je suis allé à lui, et, comme indiqué dans le courrier qu’on m’avait adressé, il m’a tout de suite conduit à l’hôtel. Il ne m’a pas beaucoup parlé. On lui avait peut-être dit qu’à part ma langue maternelle, je ne parle presque rien d’autre.

 

Ça me faisait drôle, revenir là presque deux ans après, à cause d’une simple cigarette fumée dehors, à la mauvaise heure. Encore plus drôle parce la chambre était très agréable, avec une très belle vue, alors que je me serais contenté de bien plus simple. Mes repas payés pour trois jours, mon employeur dédommagé de mon absence, tout était prévu, organisé, mais j’ai quand même eu du mal à  m’endormir. C’était la première fois que je témoignais à un procès, dans un pays étranger qui plus est. Et il allait falloir que je me rappelle les  moindres vacheries de détails. Comme si c’était difficile d’oublier la première fois où quelqu’un meurt dans vos bras.

 

Il a quand même fallu que je raconte tout, et à quelques mètres de moi quelqu’un traduisait. Une dame, la cinquantaine. C’est elle, finalement qui a tout dit à ma place. Elle a expliqué que ce jour-là, je me trouvais sur place pour le mariage de ma cousine, qui est une très chic fille. Elle a parlé du mariage, de la soirée dansante qui avait duré jusqu’à cinq heures du matin, et qui avait vraiment été joyeuse : de la vraiment très bonne musique, du très bon vin, la famille du marié que je connaissais à peine mais où il y avait tellement de gens avec qui j’ai accroché, facilement et joyeusement, ce qui peut expliquer que vers quatre ou cinq heures du matin je suis allé respirer dehors, pour profiter de la nuit de novembre. J’ai très précisément dit que je crevais de chaud, que j’avais un peu bu et que j’ai voulu aller fumer dehors.

 

Au moment où c’est arrivé, mon cousin Mathias n’a rien vu parce qu’il était occupé à pisser, et forcément on pisse toujours en tournant le dos à la rue. Enfin, je pense. Je ne sais plus à vraiment à quoi je pensais pendant qu’il pissait. J’étais bien, je crois, je regardais les étoiles, je n’avais même pas froid et tout est arrivé en un rien de temps. A peine deux bouffées de cigarettes. La première voiture est arrivée au carrefour en venant de la gauche, à une allure normale. C’était à elle de passer, sauf qu’elle s’est fait percuter par le break qui arrivait perpendiculairement. J’ai juste pris conscience que le break était en train de brûler le feu ; après il y a eu ce choc terrible et le temps d’une poignée de secondes j’ai cru que tout était comme dans un dessin animé dément. Non, je n’ai pas eu le réflexe de chercher à noter le numéro du break. Je l’ai simplement vu parce qu’il m’a fait face un très court instant. Je sais que j’avais pas mal bu mais j’étais bien, j’étais lucide, et je l’ai clairement vu avant qu’il disparaisse. Au même moment, j’ai remarqué que les deux hommes dans la première voiture ne bougeaient plus. Avec mon cousin, à deux, nous avons réussi à les extirper par la portière avant droite. Le passager est mort dans mes bras juste après avoir prononcé quelques mots. Je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire. J’ai simplement senti  une secousse dans son corps et puis la vie a quitté ses yeux. Quand ça a été fait, je l’ai bercé un peu parce que je ne savais pas quoi faire d’autre. Je suis resté stupide comme ça un très long moment pendant que mon cousin allait téléphoner, et je ne sais même plus à quel moment j’ai remarqué que l’homme dans mes bras portait un uniforme et qu’il y avait un gyrophare sur la voiture couchée. Il n’y en aurait pas eu, ça m’aurait sans doute fait pareil. Mais quand les autres policiers sont arrivés, et qu’ils se sont mis à pleurer, j’ai un peu pleuré avec eux aussi. Même si dix minutes avant je ne connaissais pas le gars qui était dans mes bras.

Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /2009 15:41

Je me rappelle très précisément que c'est le soir de Noël 1983 que j'ai commencé à fréquenter les lieux de drague à Nantes. Ce soir-là parce que je ne  voyais pas pourquoi j'aurais stupidement regardé la Boum à la télé, et donc, quelque part, je sens bien qu'il faut que je remercie Sophie Marceau.

Des bars, à l'époque, je ne sais pas s'il en existait, et de toute façon je ne crois pas que çà m'aurait forcément tenté. Aujourd'hui encore, et à l'exception de quelques rares périodes d'intérêt passager qu'il y a eues dans ma vie, je rechigne toujours à entrer dans les bars gay, parce que je sais que forcément il y aura au moins deux ou trois microcéphales blondes au comptoir, et quand les microcéphales blondes parlent, surtout celles qui ont dans les vingt ans, j'ai l'impression d'entendre des dindons qui glougloutent.


Des boites gays ou amphibies, je suppose qu'il en existait ; mais pareil, ce n'était pas mon trip. Ce que je préfère de loin, c'est le sauna. Pour une raison bien simple : au sauna, si ne on plaît pas ou si ne trouve que du second choix, au moins on peut éliminer les toxines. Mais idem, à Nantes dans les années 80, je ne crois pas qu'il y avait de sauna. Ou alors, c'est que je n'ai jamais sérieusement cherché. Possible aussi. Mais on s'en fout.


Pendant quelques temps, il y a eu les chiottes en sous-sol de l'immeuble Neptune. On pouvait y accéder par le petit escalier de la Place du Bouffay, pas loin de chez Liopé Aquariums, et je ne crois pas y avoir mis les pieds plus de deux fois parce les chiottes, lorsque les choses sont devenues trop flagrantes, ont été fermées au public; la dernière fois que j'étais à Nantes, c'était tout l'immeuble qui était promis à la démolition. Hâtivement construit dans les années soixante-dix, pas très beau, d'une utilité relative, il était question de le remplacer par une construction plus ambitieuse - tu parles.


En résumé, si on voulait rester dans la limite du central et du facile d'accès, il n'y avait guère que Bacco. Bacco, c'est à dire le long ruban de jardin public parallèle à la voie ferrée - trois cent mètres environ du Chateau des Ducs jusqu'à l'entrée du tunel. Là aussi il y avait une chiotte, qui n'existe plus aujourd'hui, et juste à coté, les arbres les plus hauts ont été coupés - dommage parce que c'étaient ceux-là qui justement permettaient la dissimulation. Tout compte fait, c'est sans doute là que j'ai fait mes meilleures rencontres. Quelques unes des pires aussi, mais le pire est quelque chose qui s'oublie facilement, qui n'est jamais très longtemps dérangeant, non ?


Plusieurs fois, j'ai entendu dire qu'il y avait eu du tabassage sur place, ou aussi des descentes de police. C'est peut-être vrai, mais jamais je me suis senti inquiet sur place. Pas une seule fois je n'ai eu peur qu'on me demande mes papiers, et jamais je n'ai tremblé à l'idée de rencontrer du casseur - c'est idiot, mais j'ai des peurs très strictement définies, comme par exemple me faire bouffer par un requin blanc dans une piscine, ou qu'on me force à écouter des chanteurs français.


Bacco, c'était surtout le lieu pour rencontrer les hommes d'une nuit, et il y en a quelques uns que je n'ai jamais oubliés. Un prénom que j'ai oublié, c'est celui de la petite teigne mordeuse que j'ai rencontré une nuit de novembre dans la gadoue. Environ vingt-cinq ans, nous sommes allés chez lui - ou plus exactement chez ses parents qui habitaient un des logements de fonctions du Musée des Beaux Arts, dont je n'avais encore jamais vu le Grand Escalier avant cette nuit pour le reste peu mémorable. Le conservateur aussi, un autre soir, m'a conduit au même musée, et cette fois là non plus il ne s'est rien passé d'extraordinaire - parce qu'il y a des peaux qui ne passent pas, des alchimies absentes. Autrement dit, Le Bal à Versailles, c'est en moyenne seulement une fois sur trois ou quatre. Et le musée, lorsque j'ai fini par m'y rendre un jour aux horaires d'ouverture, je l'ai trouvé ennuyeux, avec ses craquements de parquet sinistre et ses grandes huiles sombres que j'avais envie d'éclaircir à la thérébenthine.


Daniel, François, eux j'y repense souvent. Avec une tendresse particulière pour le premier. C'était l'été, je relisais  Bassanisur le parking, assis sur une sorte de grosse pierre qui faisait mal au cul et lui est venu se garer juste en face de moi. Une petite Peugeot décapotable. Nous somme restés longtemps à nous observer, il faisait beau et, peut-être au bout d'une dizaine de minutes, d'un geste franc et très spontané, il m'a fait signe de venir m'asseoir à coté de lui. Ce que j'ai fait. J'ai souri en l'entendant dire qu'en m'apercevant il avait pensé au moins, en voilà un qui sait lire. Cela s'est terminé par trois nuits, agréables. Francois, lui c'est autre chose. C'est moi qui suis allé frapper à sa portière. Une seule nuit, chez moi, mais inoubliable. Loin d'etre con, en plus. Mais marié. Le matin vers les sept heures je n'ai pas voulu remettre le couvert parce que j'avais compris que je ne le reverrais probablement pas. Et puis il y a eu Jacques, qui m'a permis de me détacher des Grands Boulevards, mais Jacques ce sera pour une autre fois.




Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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