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kranzler

Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 00:35

streisand


Ceci  est  pour Lancelot,

Berlin, le 1er février 2010

Cher Lancelot,

Ainsi que tu me l'as suggéré, je prends subitement conscience que lorsque je prétends que « pour Barbra Streisand c’est irrattrapable depuis toujours », il serait plus adroit de me part de  fournir des éléments à charge susceptibles  d’étayer ma prise de position. Je t’invite donc à constater par toi-mme sur cette pièce à conviction, en me dispensant de tout commentaire désobligeant – ou superflu, puisque c'est bien à une pure évidence que nous sommes confrontés ici.

Le plus amusant, sur ce cliché pris lors d’une présentation de haute couture, est l’expression de mansuétude et d’ironie contenue qui se lit aisément  sur le visage de Marlène Dietrich : ai-je jamais vu quelque chose de plus navrant, semble-t-elle penser en se retenant de sourire trop ouvertement. Reconnais-le  toi-mme, je te prie : notre woman in love est ici  limite Médrano, et tout le monde ne peut pas porter la panthère comme Ertha Kitt. Cela se saurait.


 Te renouvelant encore une fois ici toute mon affection, j'espère que ces quelques éclaircissements, qui me semblaient nécessaires, ne sauront me valoir de ta part une rancune qui serait imméritée. K.

Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 22:20
tout-sur-ma-mere-1999-06-g.jpg

Non, justement.  L’erreur que tout le monde fait, c’est de penser que le maquillage sert à rendre les actrices plus belles. C’est bien davantage une question technique : un visage non maquillé, ça ne prend pas assez là lumière pour tre convenablement vu, tu me suis ? La beauté vient en second lieu, et alors là, ça dépend de chacune. Streisand, par exemple, c’est irrattrapable et ça l’a d’ailleurs toujours été. Pour d’autres, il y des crèmes qui arrangent bien des choses. Attention, hein : je ne parle pas de miracles. La transformation n’est jamais totale. Les cosmétiques gomment tout sauf la vulgarité et la btise. C’est pour ça que Joan Collins aura toujours l’air d’une chaudasse. Ensuite, c’est une question de choix, de marques et de positionnement. Pour les actrices  cheap, L’Oréal est bien suffisant. Estée Lauder, c’est un peu mieux que cheap : très bien par exemple pour des filles un peu fades dans le genre Gwyneth Paltrow – et de toute façon, sur elle, on ne regarde que les godasses. Un peu mieux que mieux que cheap , mais à peine, il y a Lancôme , encore que, sérieusement,  qui voudrait ressembler à Binoche et pourquoi  ? Dior, évidemment  réservé aux salopes de la grande école et là, à part Uma Thurman je ne donne pas de nom. Et puis, il y a les actrices françaises qui ont débuté leur carrière dans les années 80-90, et elles, je veux bien leur refiler tous mes échantillons.

Par Kranzler - Publié dans : Les filles qui...
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 00:36
rushmore

- Déjà, j’aurais dû m’écouter. En principe, j’évite toujours les lieux touristiques.

- Il faut dire qu’on n’y mange pas toujours très bien. Et en pleine saison, c’est souvent hors de prix.

- Vous avez raison. Sans compter qu’il faut s’armer de patience pour tre servi, par du personnel d’ailleurs pas forcément aimable, qui plus est.

- L’hygiène aussi laisse parfois à désirer. Vous savez que ce n’est pas si rare que ça, des toilettes douteuses dans un grand restaurant ?

- Je sais bien.  Et pour nous, les femmes, c’est encore plus ennuyeux.

- Ca peut l’tre aussi pour nous. Tenez, moi, je ne digère pas le chou et la ratatouille me donne la diarrhée.

- Ha bon ? Ca ne se mange pourtant pas à la mme saison. Le chou est plutôt un légume d’hiver, enfin je crois.

- Je disais ça comme je dirais autre chose, pour meubler.

- Moi aussi je meuble. J’essaie d’oublier que les Lucky Strike sont dans le fond du sac à main et que mes nerfs supporteraient largement un verre, mệme un verre de n'importe quoi. Et que j’ai fait tomber la deuxième godasse il y une seconde. Ce qui ne m'avantage pas car pieds nus, voyez-vous, je fais un peu tassée. Ca me désole, en temps ordinaire. Mais là je m’en fous un peu parce qu’en me rétamant en bas je vais faire encore faire un peu plus tassée. Les talons, ça compte beaucoup dans une silhouette. Il faut savoir se regarder pour savoir tricher là où il faut tricher. Et il faut savoir aussi ne pas se  plaindre pour un oui ou pour un non, parce que – mais ne le répétez pas, hein – la vraie malchance, ce serait  de ressembler à un camion, ou pire d’tre foutue comme Doris Day. Il y quand mệme des limites, non  ?

Par Kranzler - Publié dans : Les filles qui...
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 07:36
mother1

- Je ne suis pas sourde, non. Seulement dubitative et circonspecte. Un grand garçon comme toi, vouloir encore me raconter des salades. Alors forcément, je préférerais aller m’acheter un tailleur beige. Mais bon  : quels sont ces gros ennuis ?

- C’est très sérieux, Maman.  Quatre hommes  m’ont fait entrer de force dans une villa inconnue.

- Jusque là, rien d’étonnant : tu finis toujours la soirée dans une villa, avec des hommes qui ont de la poigne et du tempérament – comme tu les aimes.

- Mais ils étaient menaçants, je te dis.

- Alors c’est charmant : pour une fois tu es tombé sur des dominateurs.

- Ils m’ont couché sur un canapé, contre mon gré.

- Enfin, c’était bien le but, non ? Tu finis toujours sur le divan.

- Euh, ils m’ont fait boire, aussi. Cul sec.

- Désolée, je ne vois toujours rien de nouveau. C’est sans doute le scotch qui n’était pas très bon. Une mauvaise bouteille et on voit tout déformé. A partir du moment où tu as pris tes précautions, moi je dis que tu as passé une bonne soirée. Et puis pourquoi toujours porter du beige ? Finalement, je crois que ce sera plutôt un tailleur jaune.

 

Par Kranzler - Publié dans : Les filles qui...
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 15:05
adjastone


- C’est pourtant pas compliqué à faire, un créneau. Alors maintenant, terminé. C’est moi qui conduis et je garde les clés de la bagnole. A quelle heure, ton coiffeur ?

- Neuf heures. Mais je risque d'en avoir pour toute la matinée.
- J’espère que tu as pris rendez-vous avec Jean-Luc ; Charles- Etienne est parfait question couleurs mais pour rattraper un chantier pareil, je ne vois que Jean-Luc. Tu le sais, à quoi tu me fais penser avec cette tignasse?
A Raquel Welch dans «One million years before J.C." 

- Si seulement je pouvais ressembler à ça. Avoir des fesses qui se tiennent, tout en ayant aussi un potentiel dramatique fort.

- Raquel Welch après l’attaque du T.Rex, je voulais dire. Après et pas avant.

- Spielberg, tiens... Je pourrais peut-être tourner avec Spielberg un jour. Oui, pourquoi pas ? Baye l’a bien fait, elle, et ça a boosté sa carrière.

- Exact, mais Baye est une actrice normale, on peut même dire que c'est une femme assez remarquablement intelligente comparé à la majorité des actrices, et donc elle n'avait pas ton genre de handicap.

- Comment ça ?

- Se rouler par terre en hurlant Rooooodin, c'est tuant et ça bousille complètement les robes. Les normes acoustiques sont plus sévères aujourd’hui qu’autrefois. Mais pour Spielberg, après tout, tu n'as rien perdre. Vas-y. Banco, ma chérie. 

- C'est vrai ? A ma place tu lui écrirais une lettre ? D’autres l’ont fait : Deneuve a tourné dans Dancer in the Dark après avoir envoyé un courrier à von Trier, alors que le rôle était écrit pour une actrice noire. Et ca a marché. Tu crois qu'elle lui à écrit en danois, au fait ?

- Je doute qu'elle en ait eu besoin. De toute façon, pas la peine de lui écrire un roman, à Spielberg…

- Parce qu’il me donnera le rôle d’office ?

- Mais quel rôle ? Tu fais juste pipi dans un flacon et tu lui envoies un échantillon d'ADN. Après tout, pourquoi pas toi si a déjà marché pour le T.Rex, hein ?

 

Par Kranzler - Publié dans : Les filles qui...
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 11:27
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- Franchement, je trouve qu’il y a des fessées qui se perdent.
- Vous oseriez ? Je préfère vous déconseiller.
- C’est pas tellement la question d’oser. En deux secondes je vous retourne, je vous déculotte et vous n’y verrez que du feu, ma petite. Ensuite, vlan mes gros doigts sur vos petites fesses bien roses. L’ennui, c’est que je suis persuadé que ça ne servirait strictement à rien. Et puis vous appeleriez l’avocat de papa à Philadelphie, je vois ça d’ici et je vois les emmerdes gros comme une maison. Non, ce que je veux dire, c'est putain de Bon Dieu  pourquoi voulez-vous à tout prix devenir une foutue princesse, hein ? Comme si c'était d'une utilité quelconque et reconnue. Alors que vous pourriez continuer à être payée à rouler des pelles à des beaux gosses comme moi devant la caméra. Y a pire, non ? Alors tout ce que j'ai à dire, c'est que les filles, ça me dépasse grave. Et ce sera mon dernier mot.
Par Kranzler - Publié dans : Les filles qui...
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /2010 05:35

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Stupidement, il arrive parfois que je voudrais n’avoir jamais vu Certains l’aiment Chaud pour pouvoir le découvrir aujourd’hui, comme si je n’en avais encore  jamais vu une seule image ;  je le voudrais vraiment , pour le seul plaisir d’encaisser le même  uppercut qu’il y a trente quatre ans et me retrouver par terre.

Trente quatre ans, je peux être encore plus précis que cela  et aller jusqu’à dire qu’il s’agissait du deuxième jeudi de juin  1976, la terrible année de mon redoublement, en plein début d’un épisode  caniculaire  resté dans les mémoires. D’autres détails  ? J’étais un collégien de  classe de quatrième  à la peau non-acnéique, affublé de lunettes pour astigmate  qui avaient l’étrange faculté de se volatiliser en tout lieux et n’importe quand. Le cinéma, qui n’existe plus de nos jours, s’appelait le Celtic – une vieille salle  au plancher mité et qui sentait un peu le moisi sur deux étages de strapontins verts et pelucheux. Le film , projeté en version originale, c’était  à l’initiative de notre professeur d’anglais que nous étions conviés à le voir. Appelons-la Madame B, ajoutons qu’elle était l’épouse encore non divorcée du futur maire  - une femme intelligente qui avait décidé que nous devions entendre de vraies voix parler là langue que nous étudions.

Certains l’aiment chaud, pour moi ce n’était que le titre d’un film mentionné  quelque part dans les pages d’un roman américain pour adolescents (The pigman, de Paul Zindel). Un livre qui m’avait fait quelque chose, comme on dit.  Rivière sans retour et Niagara étaient les deux seuls films que j’avais précédemment vus de ma future amie. Le premier m’avait beaucoup plu, malgré l’emmerdement général que m’inspiraient alors  - et encore  aujourd’hui - tous les westerns du monde.

Le début de la projection était prévu à quatorze heures. Faisons court : à quinze heures trente j’étais devenu pour toujours un autre homme. Ici, je n’aurai pas l’outrecuidance de vouloir donner une leçon de Marilyn et je ne me risquerai pas à essayer d’expliquer ceci ou cela - surtout pas ce qu'il est convenu d'appeler un mythe  ; je ne suis qu'un cinéphile de base, plus émotionnel que cérébral.

           Il y a longtemps que je ne lis plus de livres consacrés à Marilyn car je ne vois pas ce qu'ils pourraient m'apporter ou m'apprendre de nouveau. Livres soit écrits par des fouille-méninges soit destinés à des lolitas microcéphales, je veux à tout prix en rester éloigné. Je préfère me souvenir de ce que Billy Wilder a dit de Marilyn dans le bouquin co-écrit avec Hellmuth Karasek. 

         Dans ces propos, Wilder n’a pas toujours été très tendre avec Marilyn - sans pour autant descendre dans la vulgaire vacherie. Au sujet de Some like it hot, il a déclaré qu’un an après la fin du tournage il a pu recommencer à regarder sa femme sans éprouver l’envie de la frapper parce qu’elle était du même sexe que Monroe - «mais malgré cela, tourner un troisième film avec elle évidemment que j’aurais dit oui, sans la moindre hésitation.

Je continue ici à le citer. « Sur Certains l’aiment chaud, le champagne et les pilules la mettaient dans un état de délabrement physique et mental avancé. Mais je m’y étais habitué. Il y a eu un stade où j’ai définitivvement admis que mon job sur ce tournage consistait à diriger une créature totalement imprévisible. L’imprévisibilité n’était plus un problème pour moi. Par contre, ce à quoi je n’étais pas préparé, c’était l’imprévisibilité dans l’imprévisiblité. S’il y a bien une scène que je redoutais, c’était celle où elle rencontre le pseudo milliardaire sur la plage. Nous n’avions que trois heures à notre disposition par jour pour les prises de vue en extérieur car une base aérienne se trouvait à quelques kilomètres de l’hôtel. En pleine guerre froide, les pilotes étaient en plein entraînement. Les jets atterrissaient et décolaient à un rytme soutenu, et avec ce boucan qui n’arrêtait tout simplement pas, que vouliez-vous faire pour avoir des dialogues audibles ? En plus, elle avait trois longues pages de textes à dire, et j’avais besoin qu’elle soit en pleine possession de ses moyens. Je faisais des cauchemars parce que dans ces conditions j’étais persuadé qu’il faudrait au moins trois semaines de pure crise de nerfs pour mettre la foutue scène en boîte. Ce que j'appelle l’imprévisibilité dans l’imprévisiblité ? Le matin où nous devions commencer, elle est arrivée parfaitement détendue. Elle a dit son texte sans accrocher une seule fois sur un seul putain de mot. Elle a été parfaite. La première prise a été la bonne. Il n’a pas été utile d’en faire une seconde. J'en serais tombé à la renverse.«

Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /2010 11:10
4290902550_0fa4a4cac4.jpg       Je réponds ici à deux blogeurs qui m’ont fait savoir hier qu’ils aimeraient bien me voir parler de moi au quotidien. Mes chéris, ce que vous me demandez est au dessus de mes moyens tant il y a peu à dire au sujet de mon quotidien. Je rectifie : tant il y a peu que je veuille bien dire.

Le quotidien, c’est aujourd’hui au jour le jour et je n’ai pas la fibre pour en faire un tricot acceptable aux mailles bien serrées, bien tenues. Si je m’y risquais, au final ce serait sans doute un ouvrage pire que monotone car ma vie est en ce moment assez chiante et ne contient rien, je dis bien rien, que je veuille mettre sur du papier. (En plus, rien qu’à écrire les deux mots «ma vie" je me trouve déjà trop prétentieux.) Chiante, j’accepte qu’elle le soit parce que c’est ainsi en ce moment, je n’ai pas de baguette magique pour la transformer, ou plus exactement les batteries sont en charge. C’est comme ça, mais ce n’est heureuseument qu’un cycle passager et je l’accepte comme tel.

Si ce n’est pas un peu malheureux, s’emmerder à cent sous de l’heure dans une ville ayant la réputation d’être unique, une ville pleine de musées, de trucs et de machins, autrement dit Berlin ? Qu’on s’entende bien : dans les musées, il y a toujours des gens et pour le sauvage que je suis c’est déjà trop ; le public qui fréquente les lieux culturels me sort par les trous de nez. La dame de la photo, qui se trouve justement dans un de ces musées, je ne suis jamais allé la voir et je peux raisonnablement affirmer que jamais je ne lui rendrai visite. Elle qui a de nombreux admirateurs ne s’en offusquera pas. 

Quoi d’autre ? Je regrette profondément de parler allemand, cette langue dans laquelle je travaille et qui explique que j’habite ici. Idéalement, quitte à vivre ailleurs qu’en France, je me verrais mieux dans le nord du Portugal parce que je connais là-bas deux ou trois coins de mer qui semblent faits pour moi - je parle évidemment de plages vides, vides même au plus fort de l’été. Que ce soit là ou ailleurs, je sais que ma vie sera prochainement moins chiante, mais à ce moment-là je serai vraisemblament trop occupé à la vivre pour perdre mon temps à l’écrire. Je dis bien : perdre.

 
Par Kranzler - Publié dans : à Berlin - Communauté : La non-communauté
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 16:01
          Il y a quelques années, j’ai eu, dans une petite rue cachée du centre de Nantes, une librairie étrangère. Etrangère, c’est à dire que par goût et par choix je m’interdisais d’y vendre une seule ligne écrite français. Ce fut un échec splendide dont je garde aujourd’hui de bons souvenirs. Avec un certain amusement, je repense par exemple aux dernières soirées passées sur place : entre les rayonnages de plus en plus en vides, nous étions souvent réunis pour boire un verre ; nous, je veux dire quelques amis fidèles ainsi que quelques clients. J’avais décidé qu’il  fallait à tout prix éviter un naufrage sinistre. Le vin, les pâtés impériaux et autres petites gourmandises destinés à égayer l’atmosphère étaient payés par l’argent que je devais à la banque, et qu’elle avait l’inconscience de continuer à cracher au distributeur jusqu’au jour où ma carte de crédit fut aspirée dans le trou noir. 

romy 1

Si j’étais triste ? Par moments, oui. Difficile de faire autrement. Inquiété par la question épineuse de ma reconversion ? Pas outre mesure. Pour quelques temps, j’avais le projet plus ou moins délirant de changer de continent pour oublier, et c’était surtout la perspective de l’inconnu qui mobilisait le peu de sens pratique que j’arrivais à rassembler en ces circonstances. 

Aurais-je dû continuer à me battre, essayer de maintenir le navire à flot ? Je crois que je ne l’aurais pas fait même si j’en avais eu les moyens. Les livres anglais et américains, qui constituaient le gros de mon chiffre d’affaires, se vendent en moyenne près de deux fois plus cher qu’un livre français, et cela, seule une infime partie de ma clientèle était disposée à l’accepter. Alors non, il m’avait semblé plus sage de renoncer, même si la décision était aussi inacceptable qu’une amputation des des deux bras.

Octobre, Novembre de cette année-là furent tout de même des mois marqués par une indiscutable liesse. Pourquoi gâcher cet automne-là, pensais-je, alors ques les automnes ont toujours été ma saison préférée ? Et les gestes de sympathie ne manquaient pas. Deux rues plus loin, la dame qui tenait le bar cocktails m’envoyait sa serveuse, ou bien parfois elle m’apportait elle-même une somptueuse bière belge, toujours    parfumée à outrance et toujours vêtue de mousselines criardes - une ancienne prostituée qui avait longtemps travaillé pour la Grande Nicole, je le savais, mais ange et pute  m’ont toujours semblé des qualités parfaitement compatibles. 

Une autre qui apportait beaucoup de couleur aussi était Claudie, un transexuel qui dépensait chez moi deux cents euros par mois en livres consacrés au bonsaïs, peut importe en quelle langue ils étaient écrits ; la passion pour ces végétaux lui étaient venue après son opération et de fait, elle n’était pas peu fière d’exhiber son «passeport de blonde». 

Il serait faux de penser que mon fan-club était exclusivement composé de dégénérées du dernier stade. Madame A., qui venait environ deux fois par mois, déjeunait tous les mardis avec l’évêque, et j’étais reçu chez elle - mais, curieusement,  en l’absence de son frère, aumonier du diocèse de l’armée de terre. 

Un que je n’ai jamais oublié est celui que j’appellerai ici Monsieur D, un homme rougeaud d’une soixantaine d’années qui était en retraite depuis peu après avoir longtemps dirigé l’Institut Français de Berlin. S’il m’a marqué, c’est en grande partie à cause d’une anecdote qu’il m’a raconté un de ces soirs-là, une anecdote à laquelle je repense souvent depuis et que je ne fais ici que rapporter en m’interdisant d’y ajouter quoi que ce soit :


«-Un soir, alors que je me trouvais au bureau, ma secrétaire est venue m’informer qu’un Monsieur Brially se trouvait devant elle et demandait à être reçu en s’excusant de ne pas avoir de rendez-vous. Assez distrait, je ne l’ai reconnu que lorsqu’il s’est trouvé en face de moi. Il m’a expliqué qu’il se trouvait à Berlin pour négocier les droits d’une piéce de théâtre qu’il désirait adapter en France. Mais le pauvre tremblait, on le sentait à deux doigts de tomber. Il m’a expliqué que cette ville lui donnait complètement la gerbe, à cause de Romy Schneider dont il était très proche et qui était morte depuis quelques années. C’était là qu’elle était venue tourner son dernier film après le décès de son fils, et lui, sachant exactement ce qu’elle avait enduré le soir dans sa chambre d’hôtel,se sentait incapable de rester seul dans une ville où une amie si proche avait été si malheureuse. Il ne connaissait absolument personne en ville. Il était seul et il pleurait. Lorsqu’il m’a demandé si je voulais bien prendre une lourde cuite avec lui jusqu’au départ de son avion le lendemain, je ne me suis pas dérobé. Nous avons bu et mangé jusqu'à l'heure de l'embarquement. Dieu soit loué, il était ivre mort.» 


Par Kranzler - Publié dans : foutoir
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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /2010 02:05

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Pour une fois, sans avoir la politesse de penser aux autres, c'est à moi avant tout que je souhaite une bonne année. Rien qu'à moi et rien qu'en très bonne compagnie.

(Ah oui, faites pas chier, je prononce mes voeux  demain devant la caméra. Putain, y a pas plus conventionnels que vous.)
Par Kranzler - Publié dans : foutoir - Communauté : La non-communauté
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