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      Ulysse

Montgomery Clift 1 

Dimanche 26 avril 2009 7 26 /04 /2009 02:15

Pile une heure du matin, il fait presque aussi doux qu’en plein juin et cela ne me dérange pas de travailler la nuit. Je suis seul éveillé dans cette maison de cinquante chambres. Un café de plus ? Peut-être pas tout de suite, même si a priori je pourrais en avoir besoin puisque Charlotte qui devait me relever ce matin est arrivée avec trois belles heures de retard au bout de quatre coups de fil passés pour la sortir de son lit. Comme les autres jours, peu avant sept heures, je vais déjeuner au buffet de l’hôtel puis marcher paisiblement vers le métro pour aller retrouver ma maison, mon lit, et surtout les éclaboussures vertes de mon jardin. J’ai un merle, depuis quelques jours, qui ne me quitte plus et se gave des bonnes choses qu’il trouve dans la terre que je retourne. Cela doit être bon, des vers, quand on est un oiseau. Il me les réclame presque, en levant vers moi son bec décidé et d’un jaune très vif ; il semble même avoir compris qu’il n’y a pas de concurrence entre nous.

 

Je viens d’éteindre la radio. Bénabar, Souchon, Olivia Ruiz, toute cette soupe au-delà de ce que peux humainement supporter. Il faut dire aussi que je viens d’entendre Don’t dream it’s over et qu’après cela tout me semble forcément insipide.

 

J’ai marché quelques instants dans le parc de l’hôtel ; peu de choses m’apaisent autant que la vue d’une terrasse de restaurant vide, avec son alignement de tables désertes et de parasols repliés. Bien que nous soyons samedi la nuit sera calme car un groupe de quarante personnes est parti ce matin, emportant avec lui le colosse bavarois qui a vomi dans la 407. Bourru, un accent dont j’ai peiné à comprendre les premiers mots, mais au moins il s’est excusé. La dame de la 404 nous a quittés en oubliant se béquilles ; j’ai derrière moi une pièce où sont rangés des collections d’objets oubliés, chacun étiqueté avec le numéro de la chambre et la date du départ du client. Il y a même un 501 noir, presque neuf et à ma taille, c'est-à-dire 34/34 américain. La pièce n’est  pas aussi jolie qu’un tombeau de pharaon mais je lui trouve un charme réel. Sinon, d’un seul coup mes yeux commencent à se faire lourd ; il est sans doute préférable que je repose la souris. Un dernier mot toutefois pour dire que j'ai fait connaissance ce matin du jardinier de l'hôtel: Que dire de plus sinon  qu’il est à tomber par terre, que je me sens incapable de le décrire, que je ne veux surtout pas essayer, et que je ne me donne pas la moindre chance. Il est presque aussi beau que mon merle. Un dos magnifique, notamment, et des yeux couleur noisette très franche.

Par Kranzler - Publié dans : fatras - Communauté : La non-communauté
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