Mes humeurs calmées, je ramasse sommairement les plus gros morceaux de chairs tout en prenant soin de ne pas tacher ma chemise Armani que je porte aujourd’hui les manches remontées, avec une élégante désinvolture. Je me suis finalement moins amusé que je l’imaginais, trouvant cette décapitation somme toute trop rapide et dépourvue de difficulté, et les membres aussi me semblent s’être détachés du tronc sans résistance réellement intéressante, comme s’ils été prédécoupés ; Bob avait sans doute voulu me prévenir en me disant tu verras, Ophélie Winter est une fille facile.
Un peu de sang de cette truie a giclé sur mon front, m’obligeant à un
désincrustage complet du visage, auquel je procède cette fois en choisissant l’exfoliant Face Scrub de chez Clinique pour ne pas tomber dans la monotonie. Bien sûr ne pas oublier qu’un simple
massage serait insensé s’il n’était pas complété d’un rinçage complet, et de même personne n’ignore que la crème donne un meilleur résultat lorsqu’on la laisse pénétrer deux minutes, ce qui me
laisse le temps d’aller ouvrir une bouteille de Moët et Chandon à la cuisine, où j’en profite pour saluer très familièrement Arielle Dombasle qui attend depuis deux jours sur la planche à
découper, en faisant preuve d’une certaine discipline puisqu’elle a reçu deux torgnoles, et j’éprouve une certaine satisfaction de voir que ses poignets sont rouges à cause des menottes, rouges
comme son visage où s’écarquillent deux yeux terrorisés dont le maquillage a atrocement coulé, on dirait qu’elle me supplie en remuant des cils, des paupières, je ne vous comprends pas, lui
dis-je en articulant, il y a du sparadrap sur votre bouche – et par pitié, je vous en prie, essayez d’avoir une attitude positive.
M’étant ensuite très longuement masturbé sous la douche ( plus d’une heure, en
fait ) je consens à revenir lui tenir compagnie, décidé à faire des choses avec elle. Pressentant que nous aurons vraisemblablement besoin de la totalité du plan de travail, j’écarte le compotier
dans lequel j’avais placé avec goût, pour elle, un pot-pourri à base de fruits exotiques et de morceaux de jeunes chanteuses – il y en a plusieurs, toutes rencontrées plus ou moins en larmes
après avoir été sorties d’un prime désastreux, leurs tronçons sont placés avec discernement, dans une subtile communion de couleurs évoquant les plus naïves publicités de Bénetton, on ne pourra
ainsi me reprocher aucune discrimination, aucune haine particulière puisque j’ai ratissé large, même si au fond de moi je sais bien que ma composition multiculturelle manque un peu de
chinoise.
Finalement, cette troisième cocaïne de ce matin était peut-être de trop ; je me
fais à moi-même cette remarque en constatant l’agitation qui semble perturber mon esprit, alors qu’au réveil mes pensées étaient clairement structurées. Brusquement paralysé par une monstrueuse
indécision, je me sens incapable de déterminer de quelle façon m’amuser avec Arielle. De cela elle ne perçoit évidemment rien car c’est avec la plus parfaite maîtrise de mes émotions que je
m’adresse à elle. Arielle, lui dis-je, il faudra cligner des yeux une fois si vous savez que j’ai pas l’intention de vous baiser mais seulement celle de vous découper, et DEUX fois si vous
l’ignorez.
J’avoue ne me soucier ni de sa réponse, ni de ses gigotements car il m’apparaît
à présent que je vais vraisemblablement abandonner le projet initial j’avais d’enduire de beurre de cacahuètes l’intégralité de son corps. Non, pas ce genre de barbouillage. Continuer à
l’affamer, comme je l’avais prévu ? Je n’ai plus la tête à cela non plus. Affaiblie elle me serait d’une médiocre utilité, j’en suis à peu près certain. En quelque sorte je la désire
participative, oui, c’est cela, participative, et me voici donc, animé d’une débauche créative, à califourchon sur elle, un entonnoir à la main dans le but de la gaver d’une purée de tofu et
d’amandes pilées – mets dont elle raffole, ai-je lu un jour dans Gala.
Je sens que cela va être intéressant, et l’idée supplémentaire me vient que je
pourrais ou la farcir de quelque chose ou l’accommoder en soufflé – un soufflé très léger, aérien et sucré, flambé au Grand Marnier à l’ultime seconde. Elle ne doute de rien et avale ma
préparation goulûment, avec une avidité compréhensible, mais je lui interdis de me remercier en la menaçant de deux autres torgnoles, ce qui ferait un total de quatre si je sais bien
compter.
Je m’amuse assez bien avec elle, beaucoup plus en tout cas qu’avec mon invitée de l’autre semaine, une actrice qui a beaucoup gueulé, elle, et s’est considérablement débattue, ne me laissant pas
d’autre choix que de résoudre son cas d’une simple pression sur la détente de mon pistolet d’abattoir, une cruelle frustration tant je pensais pouvoir faire mieux. Je me revois jetant d’un geste
las la plupart de ses morceaux au large de la baie de Tanger, toujours très fâché contre elle et me méprisant d’avoir poussé le perfectionnisme jusqu’à réaliser d’elle un dessert amicalement
baptisé « Flan Dernier Métro ».
Et soudain, au moment même ou mon indécision m’abandonne, me voici dérangé par
un intempestif gargouillis. La cuve. Je dois aller vérifier la cuve, dans la buanderie, cuve dans laquelle j’ai récemment accompli des exploits. Bien que ceux-ci remontent à il y a seulement deux
jours l’odeur qui se dégage à présent de la pièce est purement insoutenable, à tel point que je manque de vomir. Telle une flasque méduse, la perruque à présent un peu décolérée surnage parmi les
câpres, presque indécente. La marinade a non seulement tourné mais se trouve en plus dans un état de fermentation avancée des plus répugnants, comme si, en soi, il n’était pas déjà assez
désespérant d’avoir dû hausser la voix pour convaincre Marc-Olivier d’entrer dans la préparation sans un mot et, surtout, sans extravagance aucune. Bien qu’il m’ait donné beaucoup de fil à
retordre je ne suis pas sans lui trouver à présent une intrigante humilité. Pour tout dire, il me semble même dorénavant très différent de l’arrogant pou syphilitique que j’ai dû bousculer un
peu, pour qu’il obtempère.
En comparaison, Arielle me semble s’être montrée fort peu dérangeante. Toujours
étendue devant moi, telle une saucisse consentante, elle m’inspire une soudaine mansuétude qui ne se renouvellera pas. Ses bonnes manières méritent d’être récompensées. Je sens qu’il n’y aura pas
de soufflé, de toute façon je ne me sentais pas réellement inspiré. Il semble que je sois à son égard dans de bonnes dispositions. Une quatrième puis un cinquième ligne ne parvenant pas à me
faire changer d’avis, je choisis donc de la laisser partir telle quelle, un peu cabossée. Dans un état de parfaite hallucination je l’entends à peine pousser des cris dans la rue, parlant de je
ne sais quel fou sadique auquel elle vient d’échapper par une ruse.
Je retourne ensuite sous la douche, donnant au passage un coup de pied
négligeant dans un autre morceau d’Ophélie qui traînait. Dans une sorte d’Ennui Suprême je me refuse à décrocher le téléphone et filtre les appels, dont ceux d’une amie qui présente les journaux
télévisés le week-end sur une grande chaîne privée et s’ennuie depuis qu’elle se trouve séparée de son compagnon, un acteur. Elle désire savoir si le dîner auquel je l’ai invitée ce soir tient
toujours. Je le suppose. Qui sauve un homme sauve le monde, je le sais bien, mais je ne désire pas pour autant renier ma nature profonde, dont seule une faiblesse passagère vient de
m’écarter.
C'est pas de tout ça, je cause mais je m'en vas lire tes réponses.
N'étant en aucun cas affiliée de près ou de loin à toutes ces célébrités, même pas si je les plains! Quand à ta faiblesse, soit disant passagère, là tu nous roules dans la farine (une dinde en pannée, ça te dit?): il n'y a que les rails qui te maintiennet dans le droit chemin!
Un baiser salé-sucré.
La prochaine fois, je ferai un Carpaccio pour changer. Bon sans blague, je sais que c'est du réchauffé, mais en ce moment je suis en pleine gestation. Je sens ma portée qui ma remue, et je ne mets que des petites choses en ligne. Salé-sucré aussi.
Un sourire, pour toi.
"Marc-Olivier", alors là vraiment... je regrette de ne pas avoir été à tes côtés pour t'assister dans la préparation de sa marinade....
J'avais fait toute une note sur le bouquin, dans mon premier blog. Mais bon, je t'épargne le lien. A force : "j'ai déjà parlé de ci, j'ai déjà écrit sur ça.." ça fait pédant. C'est pas mon but pourtant. Je suis toujours tout content quand je me découvre des centres d'intérêt communs avec d'autres blogueurs, et avec toi, si je soulève une pierre, il y en a dix qui se mettent à courir dans toutes les directions...
Bisous à toi
Bisoux aussi, Petit Chat
Nous partageons le goût de la subversion symbolique.
J'ai aussi pensé à Breat Easton... (qui aurait croisé Dexter)
Un peu moins de méthode et de parano. Plus de créativité.
De l'ampleur dans la dézingue.
De la générosité aussi, vous les aimez encore, c'est sûr.
Il faut dire qu'il y a des filles qui cherchent.