- … Une cruche, marraine ?
- Ah oui, alors. Longtemps je vous l’ai caché par peur de vous froisser, mais là il faut bien que ça sorte. Plus cruche que vous, on meurt. Jamais vous ne vous observez ?
- Si, je l’avoue. Mais…
- Et jamais votre miroir ne vous a renvoyé le reflet d’une petite dinde ennuyeuse ? Une bécasse. Voilà ce que vous êtes. Une gourde en robe bleue. Un prince, un prince, vous n’avez que ce mot-là à la bouche. Mortellement ennuyeux, ce refrain.
- Mais c’est que je n’ai pas le rang pour me fiancer à autre chose.
- Ah l’imbuvable gourde ! Les princes, au plumard, c’est zéro. Que ce soit Charles, Albert, Harry ou William, ça ne sait rien faire. Ce qu’on s’emmerde ! De tout petits vermicelles ! D’insignifiantes virgules ! Moi, je vous dis : rien ne vaut l’anatomie triomphante d’un bon gros rugbyman.
- Je suis toute retournée par vos propos, marraine. Vous, une fée…
- Une fée, oui. Mais ce n’était pas mon premier choix d’orientation. Je voulais faire sorcière, figurez-vous, mais j’ai foiré l’oral. En beauté.
- Sorcière ?
- Evidemment. Il est foutrement plus divertissant de faire surgir des dragons que de faire pousser de la citrouille. Et cette ridicule baguette que je trimballe comme un bâton de majorette. Ah bon sang mais descendez de votre foutu nuage.
- Mais c’est que je le trouve bien joli, marraine.
- Admettons, mon enfant. Je ne veux pas me montrer trop sévère. Mais, là-haut sur votre enfoiré de nuage, avez-vous souvent pris votre pied ?
- Une fois, oui. Pour enlever une petite épine qui me faisait souffrir.
- Oh la vilaine écharde…. Oh le grand scoop. Mais c’est profondément désespérant. Je ne vois qu’une solution. Vous envoyer en stage.
- Où cela, marraine ? Et pour quel enseignement ?
- Quelque part, vous verrez. Et vous apprendrez les occupations de la nuit…
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