Vendredi 12 février 2010
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Parfois, je trouve que c’est une chance de ne plus habiter en France - même si certains jours les vaches me manquent, et notez bien que je parle des bovins avant
les gens. C’est comme ça, savoir que la première vache de Salers se trouve à mille huit cents kilomètres me troue misérablement le fion. Si les gens me manquent, les gens que j’ai connus en
France, et la vie que j’ai eue en France ? Pas souvent, même si bien sûr ça arrive de temps en temps. Quand ça me prend, ça passe aussi vite qu’une carence en magnésium. Et ce que je
pressens déjà, c’est que, où que je sois dans deux ans, je ne voterai pas aux présidentielles - et peut-être plus jamais.
Est-ce que ça vient de moi ? Ayant l’impression que la France est devenu un pays dépressif et paranoïaque, j’ai mené des recherches poussées pour comparer les
gros titres des journaux d’hier et de maintenant. Ma première conclusion serait que rien n’a changé. La preuve : les chanteuses prennent le voile aussi facilement aujourd’hui qu’autrefois. Cela
dit, il faudrait interroger les statistiques pour savoir si c’est vrai. Des investigations approfondies sembleraient toutefois attester que dans les années 70 ces mêmes chanteuses avaient
une existence incomparablement plus romantique. Comme on dit, leur vie était un feuilleton brillant de mutiples facettes et ne manquant pas de rebondissements :
Chaque jour remettre son ouvrage sur le métier pour rester au sommet
Ignorer les odieuses jalousies
Des épreuves qui rendent plus forte

En consultant la presse, je suis également tombé sur
un article datant d’hier et paru dans le Monde, the french Quality Newspaper. Là aussi, j’ai bien ri. C’est un peu l’illustration du terme de paranoïa que j’ai employé plus haut. Certains
s’offusquent actuellement que Gérard Depardieu ait été choisi pour interpréter Alexandre Dumas. Il serait «peu approprié» qu’un acteur blanc se glisse dans la peau d’un écrivain quarteron. J’en
pense qu’il faut avoir une sacré quantité de temps et d’énergie à perdre pour nous servir de pareils arguments. Colette aussi était métis (voir par exemple : Biographie écrite par Geneviève
Dorman) et personne n’a reproché à Marie Trintignant de ne pas l’être, comme quoi il y aurait dans certains cas deux poings, deux mesures - cela dit, il n’est pas interdit de penser que le
reproche lui aurait peut-être été glissé si Betrand Cantat avait tapé un peu moins fort. Ah, et puisque on en est là : je déteste le mot auteure, avec un e. Pourquoi pas auteuse.
Auteure, écrivaine, et toutes ces conneries de mots venus on ne sait comment et on ne sait d’où : Colette, qui était féministe, doit se retourner dans sa tombe en entendant ça. Et
moi, l'offusquerie chronique et dénuée de fondement, je trouve que c'est lourd.
Par Kranzler
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Publié dans : The Kranzler Perspective
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Jeudi 11 février 2010
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J’étais adolescent lorsque ma mère a diagnostiqué que quelque chose n’allait pas et je l’entends encore ici me faire part de son étonnement : «Mais tu n’aimes donc
que les actrices mortes ?» Mortes, non, pas forcément. Pas uniquement. Celles en noir et blanc me convenaient aussi - dans la mesure où nous avons eu la télévision en couleur en
1976. Je ne sais plus s’il y avait encore des speakerines à l’époque.
Les speakerines étaient des despotes disposant d’un pouvoir terrifiant, celui de faire monter les adolescents dans leurs chambres car «nous rappelons aux
téléspectateurs que ce film est diffusé avec le rectangle blanc.» Accessoirement, les speakerines avaient aussi quelques notions d’art dramatique et de comédie. Ma phrase préférée était «nous
interrompons nos programmes pour vous annoncer la mort du président de la république."
Un couple uni au service de la
Nation
Je me suis
toujours demandé si ne serais pas devenu straight si on m’avait laissé regarder la Marquise des Anges. Who knows ?

Et je me demande également si mes parents avaient ne serait-ce que soupçonné les effet secondaires des films habillés et virils. Ils sont beaux en noir, non
?
Par Kranzler
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Publié dans : The Kranzler Perspective
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Vendredi 5 février 2010
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13:06
«Vous comprendrez que j’ai été surprise, docteur. Un enfant si doux et si précoce. Qui ne pose jamais le moindre problème. Lire un album entier de Sylvain et
Sylvette, ce n’est pas rien à trois ans. Et juste avant l’incident, il lisait encore les aventures de «Caramel le petit chat vaniteux», qui lui plaisent beaucoup. Alors je ne comprends pas. Non,
vraiment pas. Je ne peux que vous répéter ce que je vous ai dit hier au téléphone, à savoir que juste au moment où nous approchions de l’église j’ai senti une violente crispation dans sa main.
Puis, subitement, il s’est mis à pousser des hurlements. Je n’ai rien pu faire pour le ramener à la raison. C’était la communion de ses grands frères, et il fallait bien y entrer, dans l’église.
Sauf qu’il n’a pas voulu. Il regardait la grande porte au haut des marches, comme tétanisé et ses yeux étaient révulsés. Je n’ai rien pu faire non plus lorsqu’il s’est mis à se rouler par terre.
Alors nous avons fait demi-tour, et curieusement, larmes et tremblements convulsifs ont instantanément cessé. Mais la communion, il fallait bien que j’y assiste. Alors j’ai aussitôt pensé à nos
voisins, un couple charmant de personnes âgées, et ils ont été positivement ravis d’avoir la garde du petit pendant une heure. Tout cela pour en arriver à ma question, docteur. Est-il préférable
d'attendre encore un peu avant d'aller consulter un exorciste ?»
Témoignage de Madame L. Kranzler dans «Autisme précoce, possesssion et exorcisme chez l’enfant de moins de quatre ans», Abraham D. Sapirstein, Dunwich
University Press 1966.
De gauche à droite sur la photo : mes parents, les voisins gentils, et l'autre monsieur je sais pas.
Une photo de moi sur laquelle on voit bien ma petite coquetterie occulaire.

Une autre photo de papa et maman, la même année, prise un jour où j'ai encore trouver le moyen de faire des pitreries.
C'est la première fois que je découche, alors ils se font du mourron. Je suis dans une grande maison blanche où on m'a mis un tuyau dans la bouche pour que je vomis parce que j'ai mangé les
bonbons du garage, ceux dans le tube avec une souris assassinée dessinée dessus. Je m'ai plus jamais suicidé après mais, devenu adulte, je n'ai jamais vraiment perdu pour autant l'habitude de
mettre un peu tout et parfois franchement n'importe quoi dans ma bouche. Et je reste toujours dans l'incapacité d'expliquer pourquoi Doris Day me sort à ce point par les
yeux.
Par Kranzler
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Publié dans : The Kranzler Perspective
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Jeudi 4 février 2010
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11:51
Mais qui donc est Kranzler, êtes vous déjà plusieurs centaines à vous poser la question. Quel homme se cache derrière ce nom de plume à la dure sonorité germanique
? Quelles sont ses blessures secrètes, ses joies quotidiennes, dans quel restaurant ou glauque lieu de perdition faut-il sortir le soir pour avoir une chance de le rencontrer ?
Voici enfin dès aujourd’hui la rubrique qui répondra à toutes vos interrogations. Une véritable mine de renseignements agrémentés de jolies images spécialement
choisies pour toi et que tu peux découper. Dans le fond, c’est pas que je tienne tant que ça à raconter des salades mais aujourd’hui je m’emmerdais un peu et la neige qui ne fond pas depuis
maintenant six longues semaines engourdit mes neurones. Enfin si, elle fond un peu depuis deux jours - avant de regeler complètement la nuit - ce qui fait que dehors c’est d’un gris profond,
dégueulasse et dangereux. Maintenant, passons directement au coeur de notre sujet.
J'ai moi aussi trois chiens, mais à la différence de Madame Bogart je ne porte jamais de rouge. Le noir me va très bien, le beige aussi, mais dans l'absolu ma couleur préféré est le jaune. Vous
aimez la mode ? Lisez vite ce qui suit.

Adolescent, j'ai porté le même débardeur que le regretté Rock Hudson, mais contrairement à lui j’ai réalisé très tôt l’aberration que constitue le port du jaquard.
Deux autres différences avec le sympathique intérprète de Pillow Talk : je n'utilise jamais d'appareil électrique dans une baignoire et je suis allergique au téléphone. Ainsi qu'à
la plupart des chansons de Claude Francois.
Je suis né le vingt-huitième jour du mois le plus court de l’année en 1962. Il y a maintenant 48 ans que je ne suis toujours pas de psychanalyse et je ne pense pas sérieusement y recourir.
Toutefois, je ne n’ignore pas de quelles révélations captivantes ce choix arbitraire me prive. Il serait certainement intéressant de savoir pourquoi le général de Gaulle inspirait une peur
irraisonnée à l’enfant que j’ai été. Et que dire du plaisir intellectuel que j’éprouverais en apprenant pour quelle raison je ne peux supporter ni Doris Day ni Isabelle Adjani.

Un traumatisme inexpliqué : Doris Day, ici dans une robe pouvant être qualifiée de bleu myosotis. Un autre traumatisme, totalement expliqué celui-là : voir là
Par Kranzler
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Publié dans : The Kranzler Perspective
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