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    <title><![CDATA[kranzler]]></title>
    <link>http://www.kranzler.net/</link>
    <description>Blog bordélique nuisant à la santé de votre entourage,contenant des colorants, des pesticides et un certain nombre d'autres saloperies.</description>

        <language>fr</language>
    
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        <title><![CDATA[kranzler]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/</link>
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    <pubDate>Tue, 16 Mar 2010 17:24:44 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Tue, 16 Mar 2010 17:24:44 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>                <category>Littérature</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[Les filles qui regardent la mer danser]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-les-filles-qui-regardent-la-mer-danser-46652282.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img height="332" width="350" src="http://img.over-blog.com/300x285/1/81/26/82/r-pertoire-1/Basic-Instinct.jpg" alt="Basic-Instinct" class="GcheTexte" style=
    "border: 0px solid #000; margin: 0px 0px;">
  </p>
  <p style="text-align: justify; margin: 0cm 0cm 10pt;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: &quot;Lucida Calligraphy&quot;; mso-ansi-language: FR;" lang="FR">C’est une chouette soirée. Avec une belle lumière intelligente, un peu
    orangée. Exactement comme j’aime&nbsp;; plus que dix minutes et le soleil va tomber dans l’eau. Oui, je sais bien&nbsp;: ce film, c’est juste le portrait d’une salope. Il y de la belle musique et
    elle tue avec un pic à glace. Ce n’est pas difficile à jouer pour moi, les salopes. Maintenant je vais vous dire un truc et je prends l’océan à témoin. <span style=
    "mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>Moi, je suis juste la fille qui se trouve là au bon moment, et en ce moment il y a une demande forte de salopes. Normal. On est sous Bill Clinton. Après, je ne
    sais pas comment ce sera. Ni quel président, ni quelle vacherie de monde. Ce sera peut-</span><span style=
    "font-family: &quot;Lucida Calligraphy&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';" lang="FR">ê</span><span style=
    "font-family: &quot;Lucida Calligraphy&quot;; mso-ansi-language: FR;" lang="FR">tre beaucoup moins débridé, et si c’est le cas on écrira beaucoup moins de r</span><span style=
    "font-family: &quot;Lucida Calligraphy&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';" lang="FR">ôles de salopes. Ce ne sera pas très bon pour moi. En France, je
    continuerai sans doute à bénéficier d’une certaine estime car c’est un pays qui a une longue et riche tradition de garces. Mais ailleurs, je ne sais pas. J’ai comme un doute sérieux. Sinon, la
    rampe est rouillée, ça va laisser des marques sur votre pantalon et votre femme risque de <span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>gueuler comme un putois, flingueur.</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sun, 14 Mar 2010 07:28:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-les-filles-qui-regardent-la-mer-danser-46652282.html</guid>
                <category>Les filles qui...</category>        <comments>http://www.kranzler.net/article-les-filles-qui-regardent-la-mer-danser-46652282-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Histoire de pivoines]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-histoire-de-pivoines-46592766.html</link>        <description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: &quot;Courier New&quot;; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><img height="423" width="320" src=
    "http://img.over-blog.com/320x423/1/81/26/82/r-pertoire-1/pivoine.jpg" alt="pivoine" class="GcheTexte"><span style="font-family: courier new,courier;"><span style="font-size: 10pt;">Si je me
    rappelle bien, c’est un rituel qui a débuté lorsque j’avais huit ou neuf ans.<br>
    Puisque j’étais un grand qui allait désormais seul à l’école, et puisque à peine cinquante mètres séparaient l’école primaire de l’épicerie, ma mère m’avait jugé digne de faire les courses – les
    conditions étaient bien s</span></span></span><span style="font-family: courier new,courier;"><span style="font-size: 10pt;"><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><span style=
    "font-family: courier new,courier;">û</span></span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><span style="font-family: courier new,courier;">r de traverser au passage clouté, de vérifier la
    monnaie qu’on me rendait, et si je le voulais il m’était permis, sur le chemin du retour, de faire un détour pour regarder la mer.<br>
    <br></span></span></span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: courier new,courier;"><span style="font-size: 10pt;"><span style="font-family: courier new,courier;"><span style="mso-ansi-language: FR;"
    lang="FR">Les courses, deux fois par semaine, je les faisais également pour Madame Toussaint, la voisine de gauche qui habitait la maison aux pivoines – d’énormes pivoines rouge foncé, et des
    blanches aussi, <span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>qui toutes sentaient le poivre trop sucré. Les jours où son jardinier venait, il arrivait que je lui rapporte du village une
    bouteille d’un litre de vin rouge, ou parfois deux par grande chaleur, enveloppées dans du papier journal. Madame Toussaint n’était pas avare. Chaque jour de la semaine où je descendais au
    village pour elle, mes appointements étaient fixés à un franc et un bonbon, et le dimanche, au double&nbsp;: autant dire une réelle fortune il y a quarante ans. Généreuse, elle n’en était pas
    moins regardante sur certains détails. Par exemple, je n’ignorais rien de ses go</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">û</span></span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang=
    "FR"><span style="font-family: courier new,courier;">ts en matière d’épaisseur de tranche de jambon blanc. Ce devait ni trop mince, ni trop épais, et l’achat du bifteck filet du dimanche était de
    loin ce que j’appréhendais le plus, car ce n’était pas un quelconque bifteck banal et anonyme que je devais lui rapporter, mais un bifteck&nbsp;» pour Madame Toussaint&nbsp;», une précision que
    le boucher accueillait généralement d’un haussement de sourcil ou d’un sourire à peine contenu, quand ce n’était pas d’un&nbsp;» mais qu’est-ce qu’elle nous emmerde celle-là.»<br>
    <br></span></span></span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: courier new,courier;"><span style="font-size: 10pt;"><span style="font-family: courier new,courier;"><span style="mso-ansi-language: FR;"
    lang="FR">Des visites de sa famille, elle en recevait assez peu. Deux fois par an, celle du fils de son défunt mari qu’elle appelait invariablement «&nbsp;le fils «, un mot qu’elle
    pronon</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">ç</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">ait comme un nom d’insecte, et le fils était en fait un colosse assez
    antipathique, pilote de ligne et collectionneur d’h</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">ô</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">tesses de l’air – si je me rappelle
    bien, l’uniforme d’Air Inter à l’époque était d’un bleu marine austère et intimidant. Celle qu’elle n’appelait jamais autrement que «&nbsp;La Lucienne&nbsp;», et qui était je crois la demi-sœur
    de son mari, se montrait toujours au début de l’été, le cou maigre et le décolleté flétri dissimulés par une abondante quincaillerie. Les bijoux étaient peut-</span><span style=
    "mso-ansi-language: FR;" lang="FR">ê</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">tre vrais, qui sait et qui s’en soucie. Mais ils étaient pour le moins voyants et cela, je l’ai compris
    longtemps après, c’était pour faire sentir à la voisine de mes parents qu’avant de s’appeler Madame Toussaint elle avait été durant près de vingt ans la domestique de Monsieur Toussaint. Pour les
    h</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">ô</span></span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><span style="font-family: courier new,courier;">tesses de l’air, c’était moi
    qui allais acheter les éclairs café et vanille, deux douzaines en général&nbsp;; Lucienne n’avait droit qu’à des biscuits secs&nbsp;: «&nbsp;tu prendras les moins chers.&nbsp;Le reste, on le
    donnera aux moineaux.»<br>
    <br></span></span></span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-family: &quot;Courier New&quot;; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><span style="font-size: 12pt;"><span style="font-family: courier new,courier;"><span style=
    "font-size: 10pt;"><span style="font-family: courier new,courier;">La télévision, elle n’en a jamais voulu. «&nbsp;Tu comprends, si je l’avais, je crois que je serais toujours envahie.&nbsp;» Et
    elle avait certainement raison&nbsp;: les autres vieilles de la rue, qu’elle fréquentait un peu mais sans plus, se seraient attardées à n’en plus finir. Et on ne pouvait pas dire que c’étaient
    des femmes ayant une conversation particulièrement recherchée. Un dé à coudre de vin rouge et déjà on ne comprenait plus ce que disait l’une. La seconde&nbsp;? Elle passait tout son temps chez
    les unes ou chez les autres, où la lumière et l’électricité étaient gratuites. La troisième, grasse et molle, éternellement fatiguée, avait la manie de défoncer les fauteuils où elle s’asseyait.
    Et pourquoi faire, une télévision&nbsp;? Pour regarder quels programmes&nbsp;annoncées par quelles présentatrices maniérées ? Non, tout ce qu’elle aimait, et il n'y avait pas à sortir de là,
    c’étaient les 24 heures du Mans et Brigitte Bardot – alors pourquoi acheter un poste qui aurait dormi les trois quarts du temps&nbsp;? Un poste, d’ailleurs, est-ce que ce n’était pas grossier et
    encombrant&nbsp;? Bien moins joli qu’un bouquet ou un tableau&nbsp;?<br>
    <br></span></span></span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-family: courier new,courier;"><span style="font-size: 12pt;"><span style="font-size: 10pt;"><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">Bien sûr, en mệme temps que j’ai
    grandi elle a vieilli. Mais c’est à peine si j’ai vu les choses se faire. A l’école, le mercredi a remplacé le jeudi. Je suis entré au collège, Brigitte Bardot a cessé de tourner sans regrets et
    mes gages sont passés à cinq et dix francs. Du jour au lendemain, je n’ai plus acheté de vin rouge pour le jardinier, emporté par une cirrhose, et la boucherie a fermé à cause de la concurrence
    des supermarchés. Les mauvaises herbes ont commencé à encercler les pivoines, puis les chardons sont apparus. La veille de son départ en maison de retraite – elle avait 94 ans – Madame Toussaint
    pleurait. J’avais vingt-deux ans et c’était le dernier week-end de juin. Elle avait dit à ma mère que je devais <em>absolument</em> passer chez elle. Je savais exactement pour quelle raison et je
    ne voulais pas. Surtout pas. Mais j’y suis allé. Tout en pleurant, elle tenait à la main une feuille de papier et un stylo bille. Sous l’effet conjugué de la chaleur et des larmes elle donnait
    l’impression de se liquéfier – et ce n’était pas bon car je savais que j’avais de fortes chances de la faire pleurer encore un peu plus. Ce n’était pas une grande feuille de papier&nbsp;: à peu
    près de la taille de celles que j’avais longtemps utilisé pour inscrire la liste des commissions. Elle n’y est pas allée par quatre chemins. Elle m’a collé le stylo dans la main. Elle voulait que
    j’écrive mon nom en grosses lettres – j’ai un nom long et compliqué, une pure barbarie <span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>qu’elle n’a jamais pu prononcer correctement. Je lui ai
    répondu que je ne le ferai pas, et je suis resté ferme aussi longtemps que j’ai pu, aussi longtemps que j’ai pu regarder ses larmes et l’entendre menacer qu’elle allait se suicider, à
    quatre-vingt quatorze ans, le jour-m</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">ê</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">me, si je ne lui obéissais pas. J’ai cédé. Après
    tout, je ne lui avais jamais rien demandé. J’ai cédé malgré la honte qui me bouffait de l’intérieur. Je savais qu’en acceptant je lui faisais sans doute le dernier plaisir que quelqu’un pouvait
    lui faire sur terre. Derrière sa loupe, elle n’a pas quitté la feuille des yeux pendant que j’écrivais mon putain de nom. Elle pleurait encore en me remerciant. Je ne peux pas dire si elle savait
    qu’ensuite tout irait très vite mais six semaines plus tard, en plein mois d’ao</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">û</span><span style="mso-ansi-language: FR;" lang="FR">t, je
    me suis retrouvé avec une maison à moi, une maison avec des <a href="http://www.kranzler.net/article-les-bijoux-de-la-catasfiore-41331405.html">pivoines</a> et des volets fermés qui reste à ce
    jour le cadeau le plus lourd qu’on m’ai jamais fait.</span></span></span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 13 Mar 2010 07:00:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-histoire-de-pivoines-46592766.html</guid>
                <category>foutoir</category>        <comments>http://www.kranzler.net/article-histoire-de-pivoines-46592766-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Incroyablement flasque et littéralement dégoulinant]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-32425088.html</link>        <description><![CDATA[<img width="485" src="http://idata.over-blog.com/1/81/26/82/c141.jpg" height="600" class="CtreTexte" style="float: left;"><br>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;"
    lang="FR">- Tu fais quoi pendant tes RTT&nbsp;? Pâte à sel ou mosaïque&nbsp;?</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Absolument rien. Je dors. Je récupère de ce que je me mets la nuit.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Lamentable. Les RTT c</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">est pour s</span>’<span lang="FR">ouvrir aux autres, au monde, et pour donner du temps au temps.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Tu sais, le monde. C</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">est le même partout. Je vois pas tant de différences que ça. Y a juste des endroits où on se plaît et d</span>’<span lang="FR">autres pas. Point barre. <span style=
    "mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>Et de toute façon, les RTT je crois que c</span>’<span lang="FR">est foiré. C</span>’<span lang="FR">est Martine qui doit faire la</span> …</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Faire quoi&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Attends. Je crois qu</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">y a un truc bizarre.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Bizarre comment&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Chut. Bizarre dans le genre méga-grave. Je crois qu</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">on a déjà joué la scène. J</span>’<span lang="FR">ai une réminiscence.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Tu veux dire que t</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">as l</span>’<span lang="FR">impression d</span>’<span lang="FR">avoir déjà vécu ce qu</span>’<span lang="FR">on est en train de vivre en ce moment&nbsp;?</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Oui. Tu m</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">ôtes les mots de la bouche. On est capturés dans un <em><span style="font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-style: normal; mso-bidi-font-family: Arial;">déjà
    vu</span></em>.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Putain de cycle infernal. J</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">aimerais pas trop que t</span>’<span lang="FR">aies raison. Mais alors la première fois on faisait quoi et on disait précisément quoi&nbsp;?</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    On parlait de <a href="http://kranzler.over-blog.com/article-32017184.html">merde verte</a> qui coule sur le bitume.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Ben si on est dupliqués dans une réplique de la scène j</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">ai un énorme doute que ça puisse me convenir.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Et pourquoi ça&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Parce que là on est filmés d</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">en haut et qu</span>’<span lang="FR">on regarde en l</span>’<span lang="FR">air. Ce qui laisserait le champ libre à la supputation que cette fois ça va dégouliner du
    plafond.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Quand même, les RTT. C</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">est bête, hein&nbsp;?</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Je m</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">en fous, dans le fond. Le TGV, ça marche. Les RTT, d</span>’<span lang="FR">avance c</span>’<span lang="FR">était une autre paire de manches.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Et maintenant, y a quoi à la place&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Y a rien.<br></span></span><span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    L</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">amour. Le désespoir. La politique, finalement, c</span>’<span lang="FR">est au niveau des séries télé. Le zéro absolu. La merde verte, au moins ça me parle.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Je peux te demander un truc&nbsp;?</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Vas-y. Toi et tes questions, vous me faîtes toujours flipper.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Le texte qu</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">on dit, c</span>’<span lang="FR">est dans le script ou on n</span>’<span lang="FR">est pas filmés&nbsp;?</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Non, on a carte blanche. Le vendredi Kranzler fait les courses, la cuisine et des tas d</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">autres machins qui le gonflent un max. Les dialogues sont écrits par des intermittents grévistes réquisitionnés.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;" lang="FR">-
    Ah, je préfère. Mais je crois qu</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-ansi-language: FR; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">’<span lang=
    "FR">il faudrait quand même qu</span>’<span lang="FR">on dégage.</span></span> <span style=
    "font-size: 14pt; color: #92cddc; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: accent5; mso-themetint: 153;">Le plafond commence à <a href=
    "http://www.kranzler.net/article-32711301.html">suinter la Chartreuse</a>.</span></span>
  </p><br>]]></description>
        <pubDate>Fri, 12 Mar 2010 13:52:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-32425088.html</guid>
                <category>foutoir</category>        <comments>http://www.kranzler.net/article-32425088-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Colère de Brest]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-34858037.html</link>        <description><![CDATA[<img width="599" height="452" class="CtreTexte" src="http://idata.over-blog.com/1/81/26/82/100_0527-copie-1.jpg"><br>
  <br>
  <br>
  <br>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 40px;"><span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;">E</span></span></span><span style="font-size: 10pt;">ntre deux sommeils, j’ouvre les yeux aussi
    péniblement et aussi inconfortablement que je peux. Les paupières bétonnées, je me demande s’il s’agit là d’un rêve, d’une sorte de cauchemar très banal, ou bien au contraire de la réalité la
    plus dégueulasse qu’il m’ait été donné de vivre. Il faut que je me réveille. Il faut voir.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-family: 'book antiqua', palatino;"><span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;"><br></span></span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;">Une poignée de secondes lourdes passent, assez pour me permettre de réaliser que j’ai la langue pâteuse et que je suis on ne peut
    plus éveillé. Je n’invente rien. Ce que je vois existe bel et bien, et quitte à me répéter gravement, je ne peux pas faire autrement que confirmer que ce qui m’entoure est d’un réel parfaitement
    dégueulasse. Certes, je pourrais dire écoeurant, dans un registre moins ordurier, mais ça me ferait profondément chier d’être correct en de pareilles circonstances ; il est des situations dans
    lesquelles je m’assois sciemment sur mon excellente éducation, et de toute façon j’aime bien la sonorité du mot dégueulasse. Alors va pour dégueulasse, et même va pour archi-dégueulasse. Je suis
    assez clair ou il faut rajouter de la couleur pour faire vrai ?</span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;"><br></span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;">A priori, le décor dans lequel je me trouve n’est pas de ceux qu’on associe ordinairement à une situation d’intense merde noire. Et
    pourtant, c’en est une : une belle, une incommensurable merde noire – du moins, d’après mes critères à moi. Mais si quelqu’un veut me dire que je parle d’une chose d’une gravité toute relative,
    je suis ouvert à la remarque. Il paraît qu’il y a une échelle du glauque. Ah bon ?</span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;"><br></span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;">Au dessus de moi, une fois ouverts mes putains d’yeux qui collent, je me reconnecte avec ce que le réel m’offre comme beautés à
    contempler. Nous sommes le 20 septembre 2008 et il est une heure du matin à la louche. Je distingue un ciel nocturne de début d’automne plus ou moins éclaboussé d’étoiles et éclairé par une
    demi-lune d’un joli brun roux orangé. La teinte est même très proche d’une belle crème brûlée. Les reflets sur la Méditerranée sont mi-argentés, mi cuivrés : caramel, en quelque sorte. Deux
    immenses cheminées rouges signalent que je suis à bord du Marrakech Express – le car-ferry marocain qui me ramène de Tanger à Sète, et dans lequel je possède une cabine de première classe.
    Snobisme ? Que dalle. Je bouffe au self-service de seconde classe, avec les marocains, histoire de ne pas passer une plombe à table à m’emmerder à entendre les conneries des touristes français
    qui récitent le Guide du routard par cœur, comme s’ils faisaient partie d’une secte, et reviennent de ce pays en s’extasiant de façon très audible d’avoir vu « vu vingt villes extraordinaires et
    rencontré des gens tous authentiques, absolument merveilleux. » Mes couilles. Tout, sauf ça. Je ne sais pas écouter les sornettes. Je n’ai jamais su. Mais bon, c’est un gros problème chez moi :
    j’aime bien parler des choses telles que je les vois, et je me garde de lire l’étiquette collée dessus. De la bouse estampillée crème fraîche, a priori je sais encore faire la différence. J’ai
    cette chance. Et dieu sait si pourtant j’aime la bouse. La vraie. Vous ne comprenez pas ? C’est normal. En France, il y a des années qu’on ne parle pas des choses, mais de ce que qu’il est
    convenu d’en dire.</span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;"><br></span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;">La putain de cabine première classe, je n’y dors pas. Vers onze heures du soir, je suis allé ostensiblement rendre mes clés à
    l’accueil pour bien signifier qu’ils peuvent se la garder et se la carrer où je pense, leur cabine tout confort ; moi d’ordinaire si aimable avec le personnel hôtelier dont j’ai autrefois fait
    partie, j’ai insulté la réception, essentiellement composée d’abrutis sourds-muets, et je n’ai pas épargné non plus le gros porc nazi qui sert de commandant ; je pense donc que ces abrutis
    d’arriérés ont clairement compris mon intention de foutre la zone la plus totale à bord du bateau en guise de protestation. J’ai tiré quatre belles salves de chevrotine verbale. Qu’on ne me fasse
    plus jamais chier avec des histoires de cultures qu’il faut savoir appréhender, avec des dogmes de tolérance obligatoire et de différences qu’il faut savoir accepter : je parle de faits, et rien
    que de faits constatés, avérés et subits. Et c’est ça qui me fout grave la gerbe. Et je m’en fous si on me taxe, si on me soupçonne et même si on m’accuse de racisme larvé, primaire, basique,
    caractérisé, ou que sais-je : je n’essaierai même pas de répliquer. Les étiquettes qu’on peut me coller ne m’intéressent pas. Il y a longtemps que je suis renseigné sur la connerie ambiante. Ça
    aussi c’est assez clair pour définir mon humeur ou je dois en rajouter ?</span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;">Si je voulais faire dans le registre « culture des peuples », mon ouverture d’esprit me commanderait de dire que les pays du Maghreb
    apprécient peu les chiens pour des raisons religieuses. Et, partant de ce constat, il m’appartiendrait alors d’accepter platement le sort qu’on leur réserve sur ce bateau. Mais non. Mon cul. Je
    ne veux pas. A trois reprises, le personnel de bord est venu m’intimer l’ordre d’installer mes animaux dans les chenils crasseux situés sur le pont supérieur. Je les connais, ces prisons, car
    j’ai déjà voyagé à bord de ce rafiot – en ayant la chance de pouvoir avoir mes petits avec moi en cabine. Mais, ramadan oblige, j’ai cette fois été fusillé du regard dès mon arrivée à bord. Une
    arrivée fort peu discrète, je le concède : trois chiennes en laisses, deux chats en cage et une tortue lovée contre un des deux greffiers. Deux des chiennes sont des petites marocaines de
    quelques mois que je rapporte en France après les avoir sauvées du tabassage qui était leur lot quotidien. Tabassage par des enfants, soit dit en passant, mais je suppose que j’ai pas le droit de
    critiquer.</span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;"><br></span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;">Que je conduise mes animaux au chenil ? Quand j’ai compris que cette fois je ne gagnerais pas, j’ai exigé de faire prévenir le
    commandant de bord que s’il persistait dans son intention je voyagerais moi-même en chenil, par solidarité avec mes compagnons. Et c’est exactement pour cette raison que je dors sur le pont
    supérieur du Marrakech Express, sur des couvertures qui adoucissent le contact rugueux de la ferraille. Les box grillagés d’à peine un mètre carré sont rouillés, jonchés des souillures des
    animaux précédemment séquestrés, et si le sol est d’un noir si lamentable c’est parce qu’il est couvert des résidus de combustions des deux cheminées sous lesquelles nous nous trouvons. Le bruit
    des moteurs est bien sûr assourdissant.</span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;"><br></span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;">Ma Fauvette, 18 ans, supporte bravement l’incarcération puisque je suis couché à côté d’elle. Elle soupire d’emmerdement, rien de
    plus, et semble se dire que c’est déjà bien que je sois couché à côté d’elle même si nous somme séparés par le grillage. Les deux autres petites chiennes sont folles, aphones à force d’aboyer. Et
    si elles aboient c’est bien sûr parce que des essaims beuglants de gamins marocains débiles viennent les agacer et crier à leurs oreilles. Je pourrais faire une description bien plus précise des
    conditions de détention de mes petits, mais je ne peux pas. Au dessus de mes forces. La colère m’empêche et me prive de mes moyens. Il y a des mosquées en France pour les arabes et sur un bateau
    marocain mes chiens sont enfermés dans un cachot abject ? Mes couilles, je dis. J’ai réellement très envie d’être abominablement grossier. Ordurier, même. De m’asseoir sur le putain de ramadan de
    ces enfoirés qui font voyager mes petits dans la merde, la rouille et sous la pluie. Je veux les choquer au plus grave point. Une méthode raisonnable pour ce faire me semble la suivante : boire
    du vin rouge au goulot, au nez et à la barbe des geôliers – ce qui assurément fera tache en période de ramadan. Très utile, les duty-free shop à bord. J’achète trois bouteilles, histoire de
    prévoir large. Je sais qu’en deux jours de traversée je ne les boirais pas toutes, mais je veux être vu. Je tiens à avoir le maximum de visibilité scandaleuse et je m’offre double dose à chaque
    fois que le commandant montre sa tronche de poire piquée qui lui sert de sale gueule. Ma consolation, au petit matin, sera d’entendre un jeune homme me demander pourquoi je dors avec mes chiens.
    Ayant entendu mes explications, il me répondra : z’êtes un guerrier, m’sieur. Je prends acte. Guerrier à bord du Marrakech Express. Ça ne va pas en rester là.</span></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;"><br>
    (réédition d´un texte écrit il y a trois ans, sous le coup de la colère)</span></span>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Wed, 10 Mar 2010 17:46:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-34858037.html</guid>
                <category>foutoir</category>        <comments>http://www.kranzler.net/article-34858037-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Décrochage de wagon]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-32343002.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <br>
    <img class="noAlign" height="402" src="http://berni.dev.zsi.at/berlin/08-01_bh-friedrichstrasse_08.jpg" width="600">
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="color: #8db3e2; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102;"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <div style=
  "mso-element: dropcap-dropped; mso-element-wrap: around; mso-element-anchor-vertical: paragraph; mso-element-anchor-horizontal: column; mso-height-rule: exactly; mso-element-linespan: 3;">
    <table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" align="left">
      <tbody>
        <tr>
          <td style="background-color: transparent; border: #ece9d8; padding: 0cm;" align="left" valign="top">
            <p style=
            "vertical-align: baseline; line-height: 54.6pt; text-align: justify; mso-element: dropcap-dropped; mso-element-wrap: around; mso-element-anchor-vertical: paragraph; mso-element-anchor-horizontal: column; mso-height-rule: exactly; mso-element-linespan: 3; mso-line-height-rule: exactly;">
            <span style=
            "font-size: 65.5pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-size: 14.0pt; mso-bidi-font-family: Arial; mso-text-raise: -5.5pt; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;"
              lang="FR">U</span>
            </p>
          </td>
        </tr>
      </tbody>
    </table>
  </div>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR">n
    jour, à Berlin, j</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">ai reçu un télégramme. Vous voyez déjà l</span>’<span lang="FR">époque : c</span>’<span lang="FR">était avant internet. Déplier un télégramme, c</span>’<span lang="FR">est tout un art, une
    pratique dépassée</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><br>
    Il n</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">y avait pas longtemps que j</span>’<span lang="FR">étais installé là-bas. Quelque chose comme deux mois. Avant de prendre le train Gare du Nord, j</span>’<span lang="FR">avais passé quelques
    jours chez Richard et Sarah, mes meilleurs amis, à Meudon, juste en dessous de l</span>’<span lang="FR">observatoire. Et sur le quai, avant qu</span>’<span lang="FR">on s</span>’<span lang=
    "FR">embrasse et qu</span>’<span lang="FR">ils me souhaitent bonne chance, ils m</span>’<span lang="FR">avaient dit qu</span>’<span lang="FR">ils allaient sans doute se marier. Rapidement. Il
    faudrait que je sois là pour être témoin.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><br>
    <br>
    Rapidement, mais pas pour la raison que vous imaginez. Ils étaient ensemble depuis sept ans et se doutaient bien qu</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">ils officialiseraient. Un jour ou l</span>’<span lang="FR">autre. Seulement, il y avait du nouveau. Le père de Richard venait de leur demander s</span>’<span lang="FR">il était toujours dans
    leur intention de se marier, et s</span>’<span lang="FR">ils avaient envie qu</span>’<span lang="FR">il soit là le jour où. Si la réponse était oui, et si ça ne les embêtait pas trop de donner un
    brusque coup d</span>’<span lang="FR">accélérateur, il fallait faire vite</span> – <span lang="FR">c</span>’<span lang="FR">était un homme qui avait une conscience exacte du temps et de son
    état.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><br>
    Donc j</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">ouvre le télégramme, qui me donne la date du mariage - le 3 novembre 1990. Ils ont vraiment fait vite. Pour la petite histoire, ce sera le seul vraiment beau mariage auquel
    j</span>’<span lang="FR">ai assisté. La mariée n</span>’<span lang="FR">est pas en blanc. Elle porte un tailleur vert anglais, assorti à son passeport britannique, et la moitié des invités sont
    venus en Ferry, ou en avion, parce qu</span>’<span lang="FR">à l</span>’<span lang="FR">époque le tunnel sous la Manche, on le perce. Un des neveux de Sarah</span> – <span lang="FR">timide,
    quelque chose comme 22 ans</span> – <span lang="FR">est ce jour là le plus heureux des petits hommes parce qu</span>’<span lang="FR">elle lui a dit qu</span>’<span lang="FR">évidemment il peut
    venir avec un jean archi-troué. Même de la dentelle, pourvu qu</span>’<span lang="FR">il soit là ; comment il est habillé, on s</span>’<span lang="FR">en tape.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><br>
    La veille du mariage, je prends donc place dans le Moscou - Paris. Un train que je connais déjà assez bien, parce quelques années plus tôt j</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">ai déjà habité Berlin. C</span>’<span lang="FR">est là que j</span>’<span lang="FR">ai fait mon service. Le soir j</span>’<span lang="FR">allais boire de la Wiborova vers Nollendorfplatz. Ou
    de la Schoefferhofer au café M., dans la Goltzstrasse. Une ville qui m</span>’<span lang="FR">a plu. Noire, sombre. Avec de forêts glaciales l</span>’<span lang="FR">hiver. Après la libération,
    j</span>’<span lang="FR">y suis resté quelques mois de plus, en civil.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><br>
    Dans le train qui me ramène vers mes amis, je décompresse un peu. J</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">analyse ce qui vient de se passer pour moi au cours des deux mois précédents. Arrivé à Berlin, je m</span>’<span lang="FR">étais donné maxi une semaine pour trouver un logement et un job.
    J</span>’<span lang="FR">ai respecté le timing. Je peux donc souffler. Pour le reste, ça reste encore une ville où je connais pas grand monde. Essentiellement des collègues de travail. Je jobbe
    dans un hôtel conceptuel, décoré par un type qui trouve artistique de couler des Cadillac dans le béton. Je porte un très joli gilet dans les tons plumage de faisan, et Bärbel, la cuisinière, est
    furieusement amoureuse de moi. Encore un petit cœur que je vais briser. Lamentable.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><br>
    En train, comme tout le monde, je rêvasse. 1300 kilomètres, c</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">est dire si je vais pouvoir m</span>’<span lang="FR">en payer, de la dérive. Jusqu</span>’<span lang="FR">à Hanovre, je voyage assis dans un compartiment de seconde classe. Puis, à Hanovre,
    il faut descendre. Après, on remonte une fois que les couchettes sont installées. Mes jambes tellement grandes, le compartiment tellement petit, je ne vois pas du tout ça comme ça. Je me contente
    de poser mon sac au dessus de ma place. Je prends juste un bouquin, du papier, un stylo. Et direction le wagon restaurant, où je peux m</span>’<span lang="FR">étendre et regarder les plaines du
    Brandebourg et de Saxe</span> – <span lang="FR">Anhalt. De la terre humide d</span>’<span lang="FR">un marron très foncé, en plein milieu de la désolante et boueuse immensité du continent
    européen. Dehors, ça caille drôlement. Mais j</span>’<span lang="FR">aime ça</span> – <span lang="FR">je suis un breton avec une âme slave.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><br>
    Il y a un an que le mur est tombé. A peine s</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">il en reste quelques lambeaux et une poignée de miradors tagués. Les checkpoints, c</span>’<span lang="FR">est fini. Alpha, Bravo, Charlie : couchés, anéantis. On voit juste encore des tas
    de ferraille, des installations vagues et désormais privées d</span>’<span lang="FR">utilité.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><br>
    Je ne sais pas encore que ce monde qui commence après le mur va être beaucoup plus vache et plus instable que du temps où ce mur tenait debout. J</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">habite à l</span>’<span lang="FR">Est. Je suis sous-locataire chez une dame qui s</span>’<span lang="FR">appelle Vera. Une grande femme épatante qui a deux enfants qui font connerie sur
    connerie. Ronnie fume en cachette. Maintenant, il sait qu</span>’<span lang="FR">il faut garder son sang froid lorsqu</span>’<span lang="FR">on est pris en flagrant délit. On ne planque pas une
    clope mal éteinte dans une poche de pantalon pleine de pétards. Parce que ça pète, nigaud. Vera à un homme qui vient de temps en temps. Mais quand il boit, il finit toujours par donner des coups
    de pieds dans les meubles. Alors, quand il vient sonner pour demander pardon, c</span>’<span lang="FR">est à moi d</span>’<span lang="FR">ouvrir la porte, de dire qu</span>’<span lang="FR">elle
    est pas là et qu</span>’<span lang="FR">il faut qu</span>’<span lang="FR">il dégage. Je ne défaille pas, même si à trois mètres de moi je la vois qui se mord ses gros doigts sur le canapé. Quand
    il faut, je sais mentir. Je suis très crédible. On me donnerait le bon dieu sans confession.<br>
    <br>
    Dans le train, j</span>’<span lang="FR">ai des souvenirs de service militaire. Le jour où j</span>’<span lang="FR">ai écrasé la gueule du sergent Fesquet avec ma ranger gauche, et je fais du 45.
    Le dépôt de munitions du Rehberge, où j</span>’<span lang="FR">ai piétiné le drapeau bleu blanc rouge avec Fred, parce que les nuits de garde, ça abrutit quand y en a trop. Les jours de
    patrouille de l</span>’<span lang="FR">autre côté du mur. Aller à l</span>’<span lang="FR">Est, pour les militaires Alliés, c</span>’<span lang="FR">était un droit. Tous les quatre mois, on
    allait aussi passer une nuit à la prison de Spandau, où créchait Rudolf Hess. Dans les miradors, on lisait ce que nos prédécesseurs avaient gravé sur les murs avant nous. Y avait pas grand-chose
    d</span>’<span lang="FR">autre à faire. Surtout la nuit. C</span>’<span lang="FR">était ça où compter les lièvres dans la cour. J</span>’<span lang="FR">en ai compté douze, une fois.<br>
    <br>
    Je pense à tous ces films que j</span>’<span lang="FR">ai aimé qui se passent dans un train. Avoir la mort aux trousses. Etre l</span>’<span lang="FR">inconnu du Nord Express. Tout un programme,
    mais, dans le fond, je sais bien que, globalement, j</span>’<span lang="FR">ai rien d</span>’<span lang="FR">un aventurier</span> – <span lang="FR">et ça me désole. Je pense aussi au jour où Mrs
    Peel a laissé sa place à Tara King</span> – <span lang="FR">he like his tea stirred anti-clockwise. Je pense aussi aux Liaisons Dangereuses</span> – <span lang="FR">le Laclos, le Frears, et les
    miennes. Toutes ces bêtises que j</span>’<span lang="FR">ai pu faire en 28 ans de ce qui s</span>’<span lang="FR">appelle une vie. Toujours avoir un tube de superglue sur soi pour recoller les
    morceaux. Des bêtises, j</span>’<span lang="FR">espère que j</span>’<span lang="FR">en ferai d</span>’<span lang="FR">autres, parce qu</span>’<span lang="FR">une trajectoire trop rectiligne, ça
    m</span>’<span lang="FR">ennuierait des tonnes.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Batang; mso-bidi-font-family: Arial;"><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;" lang="FR"><br>
    Et patati, et patata. Je rêvasse encore et je me rends compte avec dix bonnes minutes de retard que le train vient d</span><span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102; mso-ansi-language: FR;">’<span lang=
    "FR">arriver à Hanovre. Retourner dans mon compartiment, prendre ma valise. Et attendre l</span>’<span lang="FR">installation des couchettes. L</span>’<span lang="FR">ennui, c</span>’<span lang=
    "FR">est que tous les wagons situés derrière le wagon restaurant viennent d</span>’<span lang="FR">être décrochés. Y compris le mien, dans lequel j</span>’<span lang="FR">ai laissé ma valise. Je
    le vois partir en marche arrière. Je voudrais le retenir. Mais je ne peux pas. C</span>’<span lang="FR">est vaguement troublant d</span>’<span lang="FR">imaginer que vais arriver Gare du Nord
    comme en slip, même si un rien m</span>’<span lang="FR">habille. Je vais pas m</span>’<span lang="FR">en faire pour si peu. Richard et moi, on fait la même taille.</span></span> <span style=
    "font-size: 14pt; color: #8db3e2; font-family: &quot;Batang&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-family: Arial; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102;">Il aura sûrement un costard à me
    prêter.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="color: #8db3e2; mso-themecolor: text2; mso-themetint: 102;"><span style="font-size: 12pt; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 10 Mar 2010 17:02:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-32343002.html</guid>
                <category>foutoir</category>        <comments>http://www.kranzler.net/article-32343002-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[trois pour le prix de deux]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-trois-pour-le-prix-de-deux-46366820.html</link>        <description><![CDATA[<img alt="untitled-copie-3.jpg" height="484" width="364" class="GcheTexte" src="http://img.over-blog.com/364x484/1/81/26/82/untitled-copie-3.jpg"><br>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Il faut bien se mettre à ma place : je déteste porter la barbe et le rasoir irrite ma peau. Alors je n’ai pas d’autre solution qu’acheter ma crème à raser en
    pharmacie, où on trouve des marques qui rende la corvée plus agréable. Par exemple, la mousse Vichy n’est pas mal. Et elle dure longtemps. Environ quatre mois pour une bombe, je trouve que ce
    n’est pas de l’escroquerie. Et là, la pharmacienne très prévenante et très conne me dit qu’il y a en ce moment une promotion trés intéressante que je ne dois en aucun cas laisser passer : trois
    bombes pour le prix de deux, dans une jolie trousse qui plus est, élégante et pratique. Un rapide exercice de calcul mental : trois bombes, voilà qui ferait un an de produit acheté d’un coup. Il
    n’y a pas encore de réelle menace de guerre, que je sache. Les rumeurs de cataclisme me semblent peu sérieuses. Et puis la trousse, je la trouve passablement tarte pour tout dire. Moche, inutile,
    cheap, sans compter que &nbsp;trois bombes - meme si j’en utilise une tout de suite - je ne sais pas où je vais les mettre. Alors, le plus aimablement possible, je lui fais comprendre que je ne
    suis pas intéressé par son offre, ce sur quoi elle me fusille du regard, la pauvre doit vraisemblablement avoir une fameuse quantité de trousses à écouler, bla-bla-bla, mais ce sera sans moi. Et
    ensuite, au supermarché, juste alors que je suis presque arrivé à la caisse, il y a juste devant moi ce caddy plein à craquer, celui d’une dame qui a dû oublier quelque chose au dernier moment -
    peut-être du persil ou des couches culottes. Un caddy sans personne pour le pousser, dégueulant et immobile, et que je vais sans doute devoir doubler. Oui? Non ? Oui non ? Oui, je le double. Et
    alors que tous mes achats sont posés sur le tapis, la dame arrive en courant, dans une symphonie de médailles et de colliers sonnants, les mains vides, scandalisée, comment ai-je pu oser prendre
    sa place, oui comment. A quoi je réponds avoir attendu un peu avant de lui faire preuve de ce manque de courtoisie, et avoir cessé d’hésiter en voyant qu’elle ne revenait décidément pas. Outrée,
    elle m'informe qu'elle pensait trouver tout de suite, bla-bla-bla, oui tout de suite,bla-bla-bla, ce qui rend mon comportement inacceptable et, selon elle, irrespectueux, bla-bla-bla, ce qui ne
    me laisse guère d’autre choix que de l’interrompre pour lui dire que dans un supermarché personne ne lui demande de <em>penser</em>. Je sais que je lui parle comme si elle était un peu idiote,
    mais je dis que certains jours les meufs gonflent sévère.</span>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Tue, 09 Mar 2010 17:55:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-trois-pour-le-prix-de-deux-46366820.html</guid>
                <category>foutoir</category>        <comments>http://www.kranzler.net/article-trois-pour-le-prix-de-deux-46366820-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Histoire de Madame Pic]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-histoire-de-madame-pic-39724766.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img style="border: 0px solid #000; margin: 0px 0px;" class="GcheTexte" src="http://idata.over-blog.com/1/81/26/82//suzy-delair-copie-2.jpg" width="296" height="459"><br>
    <br>
    <span style="font-size: 10pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Une chose dont je ne me lasserai probablement jamais est d'observer comment les lieux changent à mesure
    que les années glissent comme des trains fous.</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Je ne sais pas si je reviendrai un jour à Nantes, disons que peut-être, poussé par la curiosité je
    m'offrirai une fois le déplacement, et alors ce jour-là il ne fait aucun doute que je retournerai voir à quoi peut bien ressembler la rue des Hauts Pavés. La dernière fois que j'ai eu l'occasion
    d'y repasser, ce devait être il y a maintenant trois ans, sans autre raison que l'envie de me rendre au Lavomatic du numéro 14 car la courroie de ma vieille Siemens venait de me lâcher. Pour tout
    dire, il s'agissait évidemment d'un prétexte. Pour quelqu'un qui habitait comme moi à proximité de la place Canclaux rien ne pouvait justifier d'aller faire une lessive rue des Hauts Pavés. Les
    machines en libre service dans mon quartier ne manquaient pas, et il y avait aussi, à à peine un quart d'heure de marche, le pressing de la rue Lamoricière, voire même celui du quai de la Fosse,
    très bien situé et meme agréable avec son ample baie vitrée donnant sur la Loire.</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Mais non, rien à faire. Buté et stupide comme je peux l'être, j'avais décidé que c'était la rue des
    Hauts Pavés que je voulais voir, même si je savais qu'elle n'avait rien de saisissant à offrir, rien d'autre que des immeubles neufs et emmerdants avec dedans des petits couples chiants et bien
    installés dans leur serre à pizzas. En somme, un tableau mortellement ennuyeux en comparaison de la vilaine et pouilleuse petite rue qui m'avait tant plu dans la première moitié des années
    quatre-vingts.</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">A l'époque, c'était bien sous ce jour-là qu'elle se présentait : une artère assez mal tenue et parfois
    mal fréquentée qui servait de jonction entre le plateau administratif de la Place Bretagne et les quartiers chics du Boulevards des Anglais. Des &nbsp;cafés minables où on sert le vin blanc à la
    chopine, il y en avait environ tous les dix mètres, &nbsp;plus &nbsp;louches, plus crasseux &nbsp;les uns que les autres, et presque tous avaient les toilettes au fond de la cour. Toutefois, le
    soir vers les onze heures, lorsque les dix mètres jusqu'au chiotard étaient dix malheureux mètres de trop, les vessies se soulageaient directement sur les trottoirs, tête contre le mur - et
    c'étaient de vilains murs jamais repeints - comme celui du 17, aux flancs duquel un sycomore était parvenu à s'enraciner.</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Mon ami André habitait au 34, à l'angle de la rue de Friedmann, un étage au dessus de l'appartement de
    Madame Pic, veuve et retraitée qui transportait ses bouteilles de vin rouge dans un solide panier d'osier, deux fois par semaine. Madame Pic - Suzanne écrit en lettres tremblantes sur la boite à
    lettres - était comme la plupart des alcooliques octogénaires une femme lunatique qui, selon son état, vous voyait ou ne vous voyait pas. L'été, elle s'autorisait des robes exagérément fleuries
    qui contrastaient de façon flagrante avec les rayures grises de ses tenues d'automne. Menue, encore relativement alerte, elle avait quelque chose de lumineux les rares jours où elle buvait
    modérément mais le reste du temps sa consommation de pinard avait de visibles effets sur son regard, qui pouvait être soit a soit éteint, soit halluciné, en passant par toute une palette de
    dégradés. J'ai souvent pensé qu'elle avait des problèmes de vue car elle avait souvent le tic de chasser des insectes imaginaires de son champ de vision, d'un geste sec et énergique qui me
    surprenait à chaque fois. Peut-être la cataracte, ou encore des soucis d'argent qui l'empêchaient d'acquérir une coûteuse paire de lunettes dont le cinquième peut-être lui aurait été remboursé.
    Entre voir et s'enivrer Madame Pic avait fait un choix, celui de vivre dans le flou les années qui lui restaient, et ce choix explique sans doute que les rares fois où elle se maquillait sa
    bouche était d'un rouge cerise acidulé qui aurait mieux convenu à une adolescente venant d'acheter son tout premier bâton à tartiner chez Monoprix. Mais, même très exagéré, le rouge était une
    couleur qu'elle ne portait pas sans allure.</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Si on me demande quels étaient mes rapports avec elle, je dirai simplement que durant environ deux ans
    j'ai du la croiser une cinquantaine fois, ou peut-être le double, la plupart du temps devant la porte de son appartement où elle bavardait invariablement avec la dame d'en face dont je n'ai
    gardé, curieusement, aucun souvenir. Elle m'arrêtait parfois pour me parler du facteur, de tel voisin ou de tel commerce dont elle venait d'apprendre la fermeture. Ou alors, elle me demandait des
    nouvelles de la demoiselle, trahissant par la même qu'elle me confondait avec André, qui me ressemblait beaucoup et était, de nous deux, celui qui vivait avec la demoiselle - et cette méprise
    dure encore aujourd'hui : partout où je suis allé rendre visite à André, il s'est toujours trouvé des voisins qui, ne me connaissant pas encore, me prenaient pour lui bien que, comme nous le
    pensons lui et moi, notre ressemblance soit bien réelle mais pas si flagrante.</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Durant les vacances de Pâque, en 1982, je me suis rendu presque tous les jours à l'appartement du 34.
    André, parti rendre visite à ses parents en Auvergne, m'avait demandé si je pouvais surveiller le courrier à sa place car il attendait confirmation écrite d'un stage qu'il devait faire dans le
    nord de l'Angleterre - un stage de trois mois, prévu pour l'été, et durant lequel il allait d'ailleurs rencontrer sa future épouse. Mais cela, bien sur, il ne le savait pas encore puisque la
    demoiselle était toujours sa vie, et celle-ci accessoirement, m'avait demandé si je voulais bien arroser les plantes. Je me rappelle que c'était un très beau printemps, franc et précoce, et que
    la plupart du temps j'allais voir le courrier en fin d'après-midi. Sauf ce jeudi-là, où par chance il devait etre neuf heures du matin au moment où je pénétrai dans l'immeuble
    familier.&nbsp;</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Une lettre, il y en avait une, mais banale, sans importance. Peut-être une facture, et le mieux à faire
    était de la monter à l'appartement et de la déposer sur la table de la cuisine, à coté des autres dont aucune n'était encore la lettre attendue. Objectivement, si cette lettre insignifiante ne
    s'était pas trouvée là le matin en question, il est raisonnable d'imaginer que je serais rentré chez moi sans monter deux étages plus haut dans l'appartement vide, et donc, tout aussi
    logiquement, il ne m'aurait pas été donné de remarquer la puanteur au premier étage, celui de Madame Pic. Une odeur encore accentuée par le soleil qui tapait à travers les vitres du couloir et
    empoisonnait également l'étage supérieur de l'immeuble.</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Je crois qu'à l'époque la cabine téléphonique la plus proche se trouvait à cinq-cents mètres de là,
    Place Viarme, juste en face d'une quincaillerie qui bien sur n'existe plus aujourd'hui, et cinq cents mètres sont une distance interminable pour qui se demande s'il n'est pas en train de
    commettre une erreur d'appréciation, tout en maudissant les trottoirs étroits, encombrés où rien n'est moins facile que chercher la monnaie dans sa poche tout en courant, et se disant que le
    moment venu il faudra reprendre son souffle en deux inspirations, pas une de plus, pour dire les choses, vite, &nbsp;sans perdre un instant ni rien oublier d'essentiel :</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">- &nbsp;Je vous signale qu'il y a une odeur de gaz très forte au 34 Rue des Hauts Pavés. Plus que
    forte. Ça pue.</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">- &nbsp;Votre nom, monsieur ?&nbsp;</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Oui, évidemment, il faut donner son nom, son adresse. Une mauvaise plaisanterie est si vite arrivée.
    Puis de la même façon préciser les circonstances, le pourquoi et le comment pour être crédible, &nbsp;pour être cru, parce que visiblement les crétins spécialistes de la fausse alerte sont
    légion. Et puis ne pas oublier de résumer par une phrase choc, en employant des images précises :</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">- Je vous redis que ça pue très fort, juste sur le palier de Madame Pic, et que vous feriez bien
    d'envoyer des gars à vous. Ça urge, je vous dis.</span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt;"><span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">Une demi-heure après je suis retourné sur place, pour voir. Voir si je
    m'étais trompé. Devant l'appartement de Madame Pic, trois employés du gaz étaient là avec des compteurs, des détecteurs, des machins qui ressemblaient à des grands balais O'Cedar. Très calmes.
    Très concentrés. Je leur ai expliqué que c'était moi qui avait appelé, et que ça me faisait drôle d'avoir été à peine pris au sérieux. Drôle, parce que si autre jour une situation similaire se
    présentait, je serais peut-être tenté de laisser pisser, après tout. Le plus petit des trois types, celui qui lisait le compteur, m'a dit que c'était une chance que je sois passé dans le coin
    parce que la concentration affichée était limite critique. Pour lui, ce devait être une fuite qui durait depuis des heures. Les personnes âgées n'ont pas toujours l'odorat très fin. Madame Pic,
    qui en plus était un peu sourde, est sortie au bout de ce qui nous a semblé être un long, très long moment, enveloppée dans une chemise de nuit couleur fuschia criblée de &nbsp;petites fleurs
    blanches. &nbsp;Pendant que nous bavardions sur le palier, j'ai entendu un des gars lancer à ses collègues que le raccord de la gazinière était poreux au dernier stade. Les sourcils en accents
    circonflexes et jouant très fort de l'index droit, &nbsp;Madame Pic a déclaré, qu'elle aimait beaucoup les jeunes, et que dans son temps on l'appelait Suzon, Suzy comme Suzy Delair car voyez-vous
    c'était une époque où les actrices avaient</span></span></span> <em><span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">de la
    gueule</span></span></span></em><span style="font-size: 10pt;"><span style="color: #ffff99;"><span style="font-size: 12pt;">. Et il était à peu près onze heures lorsqu'elle m'a embrassé, de deux
    baisers bien claquants qui sentait un peu la violette, et beaucoup le Cabernet d'Anjou.</span></span></span></span>
  </p>
  <p style="text-align: justify;">
    &nbsp;
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 09 Mar 2010 12:50:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-histoire-de-madame-pic-39724766.html</guid>
                <category>foutoir</category>        <comments>http://www.kranzler.net/article-histoire-de-madame-pic-39724766-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Chalet en automne]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-22072593.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <img src="http://img.over-blog.com/350x530/1/81/26/82/foret.jpg" class="GcheTexte" alt="foret.jpg" width="350" height="530">
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <div>
    <table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" align="left">
      <tbody>
        <tr>
          <td style="background-color: transparent; border: #ece9d8; padding: 0cm;" align="left" valign="top">
            <p style="margin: 0cm 0cm 0pt 27pt; vertical-align: baseline; text-indent: 27pt; line-height: 51.15pt; text-align: justify;">
              <span style="font-size: 69pt; font-family: Garamond; mso-bidi-font-size: 14.0pt; mso-bidi-font-family: Arial; mso-text-raise: -9.0pt;">U</span>
            </p>
          </td>
        </tr>
      </tbody>
    </table>
  </div>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;">ne parenthèse hivernale. L’année dernière dans le département du Lot. Je ferme les yeux pour faire comme si
    j’y étais encore. Plusieurs semaines, de la fin octobre au tout début du printemps. Un break total, ça s’appelle. Quand il faut, il faut.</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-indent: 36pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;">A dire vrai, je m’en cogne qu’on soit en plein l’été. L’été n’est qu’une obligation. C’est seulement pour
    rire. En général c’est en novembre décembre que je fais le moins de conneries. Alors comme j’ai dit, j’oublie où je suis en ce moment et je me remets là où j’ai bien aimé être il y a quelques
    mois.</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-indent: 36pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;"><br></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-indent: 36pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;">Pour quelques temps, j’habite un chalet très simple dans un camping qui reste ouvert à la basse saison. Des
    volets en bois de couleur verte. Verts aussi les rideaux. Deux petites chambres. Une pièce principale avec canapé et coin cuisine. Une petite salle de bain d’angle propre et fonctionnelle. Ce
    n’est pas bien grand mais ça ma va tout à fait.</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-indent: 36pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;">Le chalet s’appelle les Châtaigniers et celui d’à côté les Saules. Des vrais châtaigniers, il y en a tout
    autour. Plusieurs hectares de chênes pubescents, une variété dont le feuillage sec reste accroché une grande partie de l’hiver&nbsp;; les troncs sont recouverts de mousse et de lichen. La route
    en bordure du terrain parsemée de globes lumineux posés sur des souches de vieux bois. Ils s’allument tous les soirs vers six heures. De grosses boules blanches avec une barbe de lierre.</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-indent: 36pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;">C’est un peu en altitude. En bas, il y a la vallée du Lot et son épaisse brume du matin. Ce n’est pas la
    vallée du Rhin, c’est moins vertigineux mais c’est un paysage qui se regarde. La nuit de temps en temps un chevreuil dont les yeux brillent comme des perles hagardes entre les arbres. Vingt
    voitures par jour, et encore.</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-indent: 36pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;">Les rideaux du chalet d’à côté, orange vif. Pour quelques temps il est habité par un couple qui vient de la
    Somme. Des gens qui ont la cinquantaine et se sont connus ici, en vacances, il y a seulement quelques années. Pour eux aussi le séjour est provisoire. Ils sont là parce qu’ils font construire
    dans le coin. Tous les jours ils vont voir le chantier de leur maison qui avance. Je les aperçois le matin lorsqu’ils partent et le soir lorsqu’ils rentrent. Ils ne m’ont pas sauté dessus pour
    m’obliger à écouter leur vie, et ça aussi ça me va.</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-indent: 36pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;">La dame a apporté toutes ses plantes. Elle a hâte de pouvoir emménager. Elle m’a raconté que son vieux chien
    est mort il y a quelques mois. Elle a maintenant deux chats qui viennent d’un refuge et lui causent du souci car ils sont très craintifs.</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-indent: 36pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;">Hier, le gérant et sa femme sont allés couper l’eau dans tous les chalets inoccupés. Ils ont également fermé
    tous les volets. Chaque année les mêmes gestes à la mi-novembre, en prévision du gel. C’est donc officiellement le début de la période du froid.</span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 30.6pt 0pt 27pt; text-indent: 36pt; text-align: justify;">
    <span style="font-size: 14pt; font-family: Garamond; position: relative; top: -5pt;">Le chalet est bien isolé, bien chauffé. C’est une baie vitrée qui sert d’entrée. Elle donne sur une terrasse
    où je prends mon café le matin – même s’il pleut. C’est également là que je bois mon verre de Cahors le soir. Je me sens toujours bien à ce moment de l’année où la nuit tombe de plus en plus tôt,
    et je ne crois pas que je pourrai jamais revivre en ville. Pourquoi lutter contre un besoin de silence qui est le plus fort&nbsp;? L’espace d’un hiver, je ne veux rien d’autre que ça. Vivre loin
    de tout, ne connaître personne et pouvoir regarder les étoiles sans user une seule goutte de salive.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp; ( juillet 2008)
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sun, 07 Mar 2010 06:27:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-22072593.html</guid>
                <category>foutoir</category>        <comments>http://www.kranzler.net/article-22072593-6.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Le Monde expliqué à Marilyn - ou presque]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-le-monde-explique-a-marilyn-ou-presque-46164580.html</link>        <description><![CDATA[<img height="349" width="350" src="http://img.over-blog.com/350x349/1/81/26/82/r-pertoire-1/marilyn-beach.jpg" alt="marilyn beach" class="GcheTexte"><br>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">J’ai fait l’autre nuit un rêve étrange, d’une absurdité plaisante vraisemblablement causée par la pleine lune, et ce songe, je pense, fera quelques envieux ici
    même.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">Au début, cela ne ressemblait en rien à un rêve. Je marchais paisiblement, accompagné de ma chienne Fauvette récemment guérie d’un ennui digestif, comme chacun
    sait. Je pensais être éveillé, en possession de toutes mes facultés ou du moins des plus importantes. Cela ressemblait réellement à la vie quotidienne et ordinaire ; mon compagnon à quatre pattes
    courait devant moi, refusant d’obéir et fouillant le sol de sa fière truffe bicolore. Telle une folle elle se roulait par moments dans l’herbe, ou encore observait les fourmis, animée comme
    toujours d’une insatiable curiosité intellectuelle. Tant de détails d’une grande banalité qui, en somme, étaient là pour faire vrai.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">L’instant suivant, sans transition, je me retrouvais dans la maison de mon enfance et de mon adolescence. Il n’était pas difficile de la reconnaître : même jardin,
    mêmes rosiers et même véranda. Je m’étonnais de ces retrouvailles, et une autre partie de moi ne s’en effrayait cependant pas. Vraiment ma maison ? Oui. Sans aucun doute. Ma chambre de jeune
    homme était demeurée intacte. Il s’agissait bien de la mienne et je pouvais reconnaître sans peine le poster de Marilyn sur le mur gauche, et celui de Frankenstein, situé juste en face. Il n’y
    avait pas que leurs pâles images, plates et sans vie. Ils étaient là devant moi, en chair et os.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">Immobile, Frankenstein était allongé sur mon lit, faisant assez pitié à voir et émettant de monotones<img height="400" width="300" src=
    "http://img.over-blog.com/300x400/1/81/26/82/r-pertoire-1/f1.jpg" alt="f1" class="DrteTexte"> borborygmes. Marilyn, à son chevet, l’observait avec inquiétude et en même temps une certaine dose de
    réalisme, l’air de se demander de quelle façon lui venir en aide. Avant d’aborder concrètement le récit de cette rencontre dont le caractère de quasi-réalité me perturbe, je me sens tenu
    d’apporter quelques précisions.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">Je ne souffre, pour commencer d’aucune fièvre paludique. Ce que j’ai vu n’est donc pas le fruit d’une hallucination. Je n’ai pas non plus ingurgité de scopolamine,
    et je vous conjure, vous tous, de ne jamais toucher à cet alcaloïde. J’ai bien rencontré Marilyn, et si un éventuel thérapeute me disait Brian tu dérailles je lui répondrais tranquillement vas
    chier.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">Lucidité et acuité visuelle sans failles : ces mots décrivent assez bien l’état perceptif dans lequel je me trouvais. J’étais aware, not insecure at all. Comme dans
    la plupart de mes rêves, j’étais deux : une partie de moi agissant sans s’étonner de rien tandis que, juché sur un siège d’arbitre de tennis, un autre moi-même observait la scène à distance et
    recensait les nombreuses aberrations temporelles qu’elle comportait. Celui-là par exemple déplorait de ne pas avoir d’explication relative à la présence de Marilyn. Le premier, lui, bavardait
    avec elle d’une façon naturelle et très ordinaire, tout comme il l’aurait fait avec n’importe quelle amie, en buvant par exemple une Grenadine bien fraîche ou partageant un plat consistant de
    délicieuses saucisses de Montbéliard aux choux – plat évidemment préparé la veille et réchauffé, car le lendemain c’est meilleur.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">A quoi ressemblait cette Marilyn, voudrez-vous sans doute savoir. Quelques mots donc à ce sujet. C’était une Marilyn de trente-six ans, débarrassée du capiteux
    embonpoint de Certains l’Aiment Chaud et très peu maquillée. Tel Arnold Schwarzenneger dans l’un ou l’outre opus de Terminator elle semblait avoir fait le voyage dans le plus simple appareil,
    surgissant du néant dans une capsule de lumière précédée de capricieuses interférences électriques. Voyageuse nue, oui, je le pense, car les vêtement qu’elle portait devant moi était les miens :
    un 501 taille 32 / 34, allègrement transformé en bermuda, ainsi qu’une longue tunique de coton blanc fermée par une rangée de huit fois trois boutons.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">La simplicité de cette enveloppe vestimentaire soulignait le caractère vibrant de sa féminité. Elle brillait d’un éclat d’une pure simplicité, reléguant par exemple
    une Claudia Schiffer au rang d’obscure pétasse accessoirisée. Il s’agissait bien là de la Marilyn chantée par Nougaro, de celle encore décrite par Karen Blixen comme « ressemblant beaucoup à une
    jeune lionne rencontrée un jour, fragile et très attachante, mais que je n’ai pas voulu garder. »</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">Voici maintenant l’essentiel de notre conversation, qui débute au moment où, entrant dans ma chambre, je la découvre se livrant à un vigoureux massage des pieds de
    Frankenstein, ce dernier en fort piteux état et souffrant d’un refroidissement compliqué d’un évident problème de confusion. Un long bras tremblant tendu en direction de Marilyn, il ne cesse en
    effet de répéter Es – Mé – Ral – Dahhhh d’une émouvante voix caverneuse.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br>
    <img height="268" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x268/1/81/26/82/frankenstein.jpg" alt="frankenstein.jpg" class="GcheTexte"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Vous tombez bien, chéri. Dîtes, vous n’auriez pas un peu de Gin pour retaper ce pauvre chou ? Il est tout glacé.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Je dois avoir ça, Madame.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Pas Madame, petit idiot. Vous savez bien que vous pouvez m’appeler par mon prénom.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- D’accord, Marilyn. Mais, du Gin, c’est bien recommandé dans son état ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Oh, je doute qu’une petite secousse puisse lui faire du mal.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Je peux vous servir quelque chose tant que j’y suis ?&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- En fait je vous ai devancé. J’ai ouvert une bouteille de Pommery qui traînait dans le frigidaire. Par contre, je n’ai pas trouvé de verre. J’ai versé dans ce que
    j’ai pu. Tenez. Buvez. J’enlève juste une petite trace de rouge à lèvres, là.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Pas là-dedans, quand même ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Je n’aurais pas dû ? Je suis terriblement ennuyée si j’ai gaffé. C’est mignon comme récipient, non ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Vous savez ce que c’est, Marilyn ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Oui, bien sûr. C’est un petit pot de chambre bleu. Mais je l’ai lavé, rincé, et le Champagne est parfait je vous assure.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- C’était mon petit pot, à moi. Celui où j’ai appris à devenir grand.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Tant mieux alors. Comme vous êtes un grand garçon il y a donc longtemps que vous n’avez pas dû faire dedans. Enfin je suppose.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Qu’est ce qu’on faire de lui, là ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Franck ? On va le remettre sur pieds. Et dès que ce sera fait on file acheter une autre roteuse au village. On vous a déjà dit que vous ressemblez à Miller
    ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Je ne trouve pas ça flatteur comme comparaison, ce salopard vous a laissé tomber comme une merde. Si encore vous aviez dit Di Maggio.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- C’est vrai, Jo était un type bien. Et au lit un tir au but ça le connaissait. Vous ressemblez quand même à Arthur. J’aime les hommes qui ont des lunettes. C’est
    amusant de faire de la buée dessus. Erotique, même. Je l’ai fait sur Tony Curtis dans Certains l’aiment chaud. Cette scène où je suis vautrée sur lui à bord du yacht.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- C’était trop chaud !</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Vous auriez bien voulu être à la place de Tony, pas vrai ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Non. A la vôtre, si vous voulez tout savoir.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Alors comme ça vous êtes une chochotte ? Comme Rock Hudson ? Ca ne se voit pas tant que ça.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Je ne vais pas le hurler dans un mégaphone. Je vous en parle parce que vous êtes une copine.&nbsp;</span>
  </div>
  <div>
    <span style="font-size: 10pt;">- Vous êtes chou de dire ça. Les hommes ne me l’ont pas souvent dit. Ils m’ont souvent pris pour la conne de<img height="300" width="245" src=
    "http://img.over-blog.com/245x300/1/81/26/82/r-pertoire-1/m2.jpg" alt="m2" class="DrteTexte"> service.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Vous souriez. On dirait que ça ne vous fait plus mal.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- C’est votre petit chien qui me chatouille.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Oh, pardon. Fauvette, on ne lèche pas les orteils de Marilyn ! Marilyn, au fait, je vous présente Fauvette.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Je t’autorise à me faire des lèchouilles, moi. Ca me fait des frissons partout. Tu es drôlement mignonne, je trouve. Tu ressembles un peu à un phacochère, d’une
    certaine façon, mais avec beaucoup de délicatesse. En tout cas tu te laisses facilement caresser. Dîtes ? Je me trompe où il lui manque des nichons ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Il a fallu en enlever quelques uns. Elle avait un truc de filles.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Vous vous occupez bien d’elle. Mes nichons à moi aussi c’est un sacré problème. Les hommes ne regardaient que ça. Dire qu’on m’aurait pris pour une grande actrice
    si j’avais eu moins de seins. Mais, j’y pense, vous avez un amoureux en ce moment ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Des clous.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Vraiment que dalle ? C’est regrettable. C’est pourtant bien d’en avoir un.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Que voulez-vous. J’ai à peu près autant de cervelle que vous et je viens de me faire avoir en beauté. Plus ils sont beaux, plus ils sont cons. Des fois c’est plus
    fort que moi ; dès qu’il y a une connerie à faire je la fais. Le pire, c’est que je m’applique.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- On ne sait pas toujours à l’avance qu’on s’apprête à en faire une.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Moi, si. Je savais. Il y avait des panneaux sur la route. Connerie droit devant vous, c’était marqué. Alors forcément j’y suis allé. Et vous savez quoi ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Non.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Je serais prêt à recommencer si j’avais ne serait-ce qu’une toute petite raison de la faire.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- On a déjà presque fini la roteuse. Si on ne grignote pas un petit quelque chose je vais être à moitié soule.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><img height="307" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x307/1/81/26/82/r-pertoire-1/m3.jpg" alt="m3" class="noAlign" style="float: left;">Ici, pour une
    raison que je ne m’explique pas, débute un passage flou. Je commence à trouver à ce rêve de vastes allures de bordel. Un bordel énigmatique et tendre où me tourmentent des questions très
    matérielles. Ainsi, il m’apparaît que j’ignore en quelle année nous sommes, et ce détail me préoccupe soudain. Puisque nous nous trouvons dans ma chambre d’adolescent, en suis-je moi-même
    redevenu un ? Et quels sont les risques ? Ma mère va-t-elle surgir d’un moment à l’autre ? Ou bien mon père, qui à n’en pas douter exigerait sur le champ des explications sur mes relations avec
    une actrice plusieurs fois divorcée et notoirement désaxée ? Je l’entends déjà, de sa belle voix claire et péremptoire : « Je vous demande de sortir, Madame. Usez de vos charmes sur le président
    des Etats-Unis si bon vous semble, mais laissez mon fils qui passe son baccalauréat dans quelques semaines. « Mais non. Rien de tel ne se produit. Aucune grandiloquente menace. Du balcon,
    observant le jardin, je constate que les rosiers n’ont pas été taillés depuis fort longtemps. Les taupes prolifèrent. Mon père, qui avait la main verte, n’habite manifestement plus ici. Voilà qui
    explique ce désordre, et me soulage d’un poids embarrassant. Entre Marilyn et moi, tout semble décidément permis.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;"></div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">Il est maintenant vingt heures et nous voilà sur la plage, minuscule petite crique à marée montante, ceinturée d’une dentelle de falaise finement découpée. Personne
    d’autre que nous. Franck nous accompagne. Il va beaucoup mieux, après s’être régalé d’une soupe chinoise à l’odeur pourtant très prononcée. Nous l’avons achetée spécialement pour lui, à
    l’épicerie du charmant village de Plouzic’h où son apparition à provoqué une série d’évanouissements. Il semble à présent parfaitement rétabli. Il a pris un des meilleurs cigares de mon père et
    crache à présent la fumée tel une aimable centrale nucléaire. Il observe l’océan avec une très suave gravité, tout en se réjouissant d’écouter Ertha Kitt sur mon vieux walkman – mais je m’en veux
    après coup de ne pas l’avoir autorisé à choisir The Very Best of Abba.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Kranzler, s’il te plaît, raconte-moi le monde. ..</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Le monde ? Quel monde, Marilyn ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Le monde depuis 1962. Depuis que je ne suis plus là. Si des événements importants ont eu lieu j’aimerais les connaître.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Tu sais, Marilyn, c’est pas vraiment mon truc. Je préférerais te montrer les étoiles. Orion. L’amas Stellaire M 51. Là, j’ai des bases assez solides. La Lune
    aussi je saurais t’en parler. Tiens, regarde. Le cratère Trisnecker. Il ressemble à un nombril.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">Mais rien n’y fait. Elle insiste. Il y a bien là une soif de connaissances qui ne tarira pas.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Bon, c’est d’accord. Mais, tu sais, il n’est pas joli joli, le monde. Après il ne faudra pas venir pleurer.<img height="300" width="297" src=
    "http://img.over-blog.com/297x300/1/81/26/82/r-pertoire-1/j4.jpg" alt="j4" class="DrteTexte"></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Croix de bois, croix de fer. Je suis déjà allée en enfer.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Attache ta ceinture, Marilyn. C’est parti. (Un silence. Je prends une longue inspiration. Paralysé par la tâche qui m’attend je pense quelques instants renoncer.
    Quel monde veut-elle ? Le monde tel qu’il est, cynique d’épouvantable vacherie ? ) Marilyn, les Twin Towers se sont effondrées. A 8 h 45 heure locale le onze septembre 2001, le vol N° 11
    d’American Airlines s’est encastré dans la tour nord à hauteur du 96ème étage. L’avion, un Boeing 767 chargé de 38 000 litres de kérosène, venait d’être détourné quelques minutes seulement après
    son de décollage de l’aéroport de Boston et volait à une vitesse supérieure à 700 kmh. Puis, à 9 h 02 minutes et 54 secondes, le vol 175 de la United a percuté le 81ème étage de la tour sud. Il
    n’y a plus de tours jumelles, Marilyn. C’est fini. Depuis on est dans un merdier sans nom.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Elle est raide, celle-là ! En plein New York, il fallait oser. Evidemment je pleure pour les morts et je pleure avec leurs proches mais, que je sache, on n’a pas
    versé une seule larme à Hiroshima. C’est peut-être un juste retour des choses d’exploser une fois quand on a lancé tant de bombes sur les autres.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- On continue ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Bien sûr. Au fait, Cuba, les missiles… est-ce qu’il y a eu la guerre à l’époque ? Quelqu’un a fini par appuyer sur le bouton ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Même pas. La guerre froide a continué. Les Américains sont allés sur la Lune, en fusée, pour en mettre plein la vue à Krouchtchev.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- La Lune ! Ce queutard de John avait dit qu’il le ferait ! Il n’est plus président, je suppose ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Non, il s’est fait descendre comme un lapin à Dallas. Son ordure de frère aussi y a eu droit. A propos, il était comment au lit, John ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Lui ? Un vrai malade ! Moins bien qu’un bon bûcheron du Dakota du Nord. Quand je pense à ces deux salops j’ai la nausée. Dire qu’on a retrouvé dans mon sang assez
    de Nembutal pour tuer quatorze vaches. Personne ne peut en avaler autant. On peut dire qu’ils ont mis le paquet. Est-ce que Montand est toujours avec Simone ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Il s’est mis avec une petite jeune quand elle est morte. Il lui a fait un enfant, d’ailleurs.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- J’aurais bien aimé qu’il fasse pareil avec moi. Signoret m’aimait bien, je crois qu’elle aurait compris.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Lui, te faire un enfant ? Il ne l’aurait pas reconnu. Ce n’est pas du tout sa spécialité.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Est-ce que Fauvette a eu des bébés chiens ? Et toi, est-ce que tu aurais aimé être père ?&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Ni elle ni moi n’avons pas de descendance. De ma part, c’est un choix. Des petits Kranzler partout, je ne vois pas ça du tout. Mais alors, pas du
    tout.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">A ce stade, me voilà qui commence à être la proie d’un doute vague et pourtant persistant. Est-ce une fausse impression de ma part, une appréciation erronée des
    faits ? Au fur et à mesure de l’avancée des flots je devine que Marilyn a une idée en tête, un projet précis qu’elle médite tout en continuant à m’écouter, d’une oreille que je devine toutefois
    moins attentive :</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;"><img height="300" width="225" src="http://img.over-blog.com/225x300/1/81/26/82/r-pertoire-1/m1.jpg" alt="m1" class="GcheTexte">- … Jean Paul Gaultier et Jean Paul
    II, le viagra, Gorbatchev et le tsunami, Madonna, le mur de Berlin, l’explosion de la navette Challenger, la comète Shoemaker – Levy qui a heurté Jupiter, la bombe à neutrons, Le Darfour et le
    Sida, Zinedine Zidane, Mère Thérèsa, le treizième pilier du tunnel de l’Alma, le réchauffement global, les OGM et M6 (ce qui revient au même), Céline Dion et Charles Manson, l’eau qui commence à
    manquer, bientôt, en plus, il n’y aura plus une goutte de pétrole et Liz Taylor est en chaise roulante, en plus il convient d’ajouter que…</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Brian, tu m’aurais fait un enfant si on s’était rencontrés à temps ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Oui, pour te faire plaisir. Mais bon, hein, sans garantie de succès.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Alors, s’il te plaît, fais m’en un maintenant. Sans attendre.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- C’est pour ça que tu es venue, Marilyn ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Non, je te regarde et j’en ai envie, c’est tout.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- T’en as de bonnes. Transmettre mes tares à un enfant, ça ne me plaît pas tant que ça. Et puis d’abord fumer diminue la qualité des spermatozoïdes. C’est marqué
    sur les paquets de cigarettes et de tabac à pipe. Si ça trouve, je n’en ai peut-être pas un de bon, et, pour couronner le tout je ne suis pas du tout certain d’arriver à monter ma toile de
    tente.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">Et pourtant si, j’y parviens. Dans l’océan bleuté l’impossible se produit. L’étreinte passée, je m’étonne à peine de voir surgir à nos côtés une baleine majestueuse
    au sommet de laquelle trône ce cher Franck, aussi à l’aise que s’il chevauchait n’importe quel banal destrier. L’heure du départ a sonné. Norma Jean me remercie pour l’enfant que je viens de lui
    faire. Elle m’assure que tout ira bien, qu’il aura les yeux vert clair, que Florence sera la marraine et la baby-sitter, et, alors que le paisible cétacé commence à conduire vers le large son
    improbable équipage, elle se retourne une dernière fois vers moi :</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Kranzler, je voudrais encore te dire quelque chose.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">- Oui, je t’écoute Marilyn. Le fruit de nos entrailles est bénit.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 10pt;">-&nbsp;Kranzler, que la force soit avec toi…</span>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sat, 06 Mar 2010 18:10:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-le-monde-explique-a-marilyn-ou-presque-46164580.html</guid>
                        <comments>http://www.kranzler.net/article-le-monde-explique-a-marilyn-ou-presque-46164580-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Blessure secrète]]></title>
        <link>http://www.kranzler.net/article-blessure-secrete-46160540.html</link>        <description><![CDATA[<img alt="sheila" height="358" width="350" class="GcheTexte" src="http://img.over-blog.com/350x358/1/81/26/82/sheila.jpg"><br>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">A l’attention de Sheila, chanteuse des années 60 et après</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Madame,&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Je vous envois cette courte note pour vous dire que je viens de vous pardonner le mal que vous m’avez causé il y a trente-cinq ans. J’ai beaucoup souffert de votre
    ingratitude à l’époque ; ignoriez-vous donc que le cœur d’un homme de dix ans se brise facilement ?</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Revenons en arrière, si vous voulez bien. Vous étiez alors pour moi la plus belle d’entre toutes, la plus talentueuse aussi – du moins d’après les critères encore
    peu affirmés que j’avais en ce début de ma vie. En plus, mes parents autorisaient que je vous regarde à la télévision car vous n’étiez pas dangereuse. Angélique Marquise des Anges, je n’avais pas
    droit – à cause des décolletés capiteux, je présume.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Ma sœur de dix ans mon aînée trouvait que vous étiez une gourde. Je ne crois pas qu’on disait daube à l’époque. Quel genre de goûts musicaux avait-elle ? Difficile
    de l’ignorer. Elle inscrivait le nom de ces chanteurs préférés au stylo bille bleu sur les fruits disposés dans le compotier. Je connaissais donc les oranges Françoise Hardy et les bananes Bob
    Dylan. Elle avait un sens inné des slogans. Je ne les comprenais d’ailleurs pas tous. L’un de ceux qui m’échappait en cette année 1968 où j’avais six ans était « Vive l’Increvable Anarchisme ».
    J’avais également le plus grand mal à comprendre ce qu’étaient ces cocktails Molotov dont elle me forçait à apprendre la recette par cœur, et je la revois encore dessiner une bouteille dans le
    sable, en me parlant de graviers, d’essence et de savon.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Vous, Madame, je comprenais tout ce que vous chantiez. La fièvre montait en moi à la moindre de vos apparitions sur le petit écran. Quel bonheur j’avais à frétiller
    en fredonnant vos paroles.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Vous étiez mon soleil, incomparablement plus belle que Carole M. – qui était une nouvelle dans ma classe en cette funeste année dont je veux parler. J’étais
    amoureux de Carole M., qui portait un gilet débardeur rose pivoine avec des fanfreluches aux emmanchures. Une passion qui n’était pas réciproque. Je suppose qu’il y a belle lurette que Carole M.
    a dû se caser avec un type plein de pèze, comme Gaétane B, à côté de qui elle était assise en classe. Oui, cette Gaétane B. qui devait un jour lacérer ma chemise NEUVE de ses ongles folles.
    Gaétane B prétendait que sa mère ressemblait à Gina Lollobrigida et moi je lui disais non, ta mère est un têtard. Je maintiens d’ailleurs aujourd’hui cette affirmation.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Et puis un jour ce fut le fin. Un jeudi. A l’époque, c’était le jeudi qu’il n’y avait pas classe. Et comme souvent le jeudi, ce jeudi-là je me trouvais chez ma
    grand-mère Juliette qui ne possédait pas la télévision. Autant dire, Madame, que vous avez agi dans mon dos. Car si je m’étais trouvé devant un poste de télévision au moment des informations
    j’aurais pu agir. Vous empêcher. Je n’ai appris la sombre vérité qu’en rentrant à la maison, lorsque ma mère m’a appris que vous veniez de vous marier. A mon insu. Lâchement. L’abominable cou de
    couteau.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">C’est peu dire, Madame, que j’ai sombré ce jour-là. Toute la nuit j’ai pensé Pourquoi m’avoir fait cela ? Pourquoi ? Pourquoi ? En classe le lendemain, je ne me
    suis intéressé à rien. Monsieur Sanmartin, le maître sévère dont j’étais le chouchou, m’a envoyé comme souvent remplir son verre d’eau au robinet de la cours – un verre qui sentait les bonbons à
    l’anis. Il avait de fréquentes migraines et prenait de l’aspirine, dans le petit cagibi. Ce jour-là, Madame, j’ai cassé ce verre par inadvertance tant je pensais à votre trahison. Et j’ai été
    grondé, par votre faute.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Aujourd’hui, le temps a passé et fait de moi un homme fort. J’ai compris d’où venait l’odeur des bonbons anisés, et j’ai réalisé que la cicatrice que vous m’avez
    faite s’est recousue. Je ne vous en tiens donc plus rigueur et je vous pardonne.&nbsp;</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">J’espère, Madame, que vous excuserez une rancune qui aura duré plus d’un quart de siècle.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">Signé un amoureux déçu.</span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;"><br></span>
  </div>
  <div style="text-align: justify;">
    <span style="font-size: 12pt;">PS : Gaétane, et toi aussi t’es qu’un têtard – endimanché, de surcroît. Et tu as sans doute plus d'allure aujourd'hui qu'on a inventé l'après-shampooing
    anti-frisottis.</span>
  </div>]]></description>
        <pubDate>Sat, 06 Mar 2010 17:14:00 +0100</pubDate>        <guid >http://www.kranzler.net/article-blessure-secrete-46160540.html</guid>
                <category>foutoir</category>        <comments>http://www.kranzler.net/article-blessure-secrete-46160540-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
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